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L’invité

Le photographe-plongeur Joe Bunni

Le photographe-plongeur Joe Bunni

Joe Bunni est un photographe spécialisé dans la photographie sous-marine. Dentiste de métier, il plonge et photographie la faune des océans depuis 1987. Il a même commencé à plongé depuis l’âge de 9 ans. Il possède ainsi est grande expérience en plongée sous-marine.

Depuis lors, il a parcouru et parcourt encore les quatre coins du monde à la recherche de la faune sous-marine. Une de ses photos a été récompensée par le prix BBC Wild Life Photographer of the year en 2011. C’est une image d’ours blanc nageant dans les eaux polaires. Elle a fait le tour du monde !

C’est d’ailleurs celle-ci que Joe Bunni a choisi pour la couverture de son dernier livre à «+ ou- 5 mètres ». C’est la marque de fabrique de Joe. Il photographie la faune qui se situe à plus ou moins cinq mètres de la surface des océans.

Extrait de la présentation :

Dans cet ouvrage de 700 photographies prises parfois  dans des conditions extrêmes, le photographe nous montre dans une féerie de couleurs les merveilles animales situées à 5
mètres au-dessus et en dessous du niveau de la mer, des espèces rares et menacées que chacun peut observer avec beaucoup de chance, de patience et un simple masque. L’auteur a invité quatorze écrivains du monde, qui chacun, ont pris en charge la rédaction d’un chapitre.

Le livre magnifique de Joe Bunni "+ / - 5 mètres"

Le livre magnifique de Joe Bunni « + / – 5 mètres »

Le succès de ce livre, qui a par ailleurs été reconnu par l’UNESCO et présenté aux chefs d’Etat lors du dernier G20, a inspiré Dominique Hennequin. Ce producteur de télévision a tourné le documentaire du même nom que le livre. Lors de sa première diffusion en décembre 2015 sur Arte, un million de personnes l’ont regardé !!

Vous devez commencer à comprendre que Joe Bunni est bien plus qu’un photographe. C’est un passionné amoureux des océans. Comme beaucoup d’entre nous ! Mais tout au long de l’interview, vous découvrirez vite que Joe va bien plus loin que le commun des mortels :  il est un militant actif de la défense des océans.

Il ne reste pas les bras croisés en espérant que ça aille mieux. Ça  n’est pas dans son caractère ! Il a fondé il y a 10 ans l’association SOS Océans dont le but est de sensibiliser le grand public aux dangers qui menacent le monde océanique. SOS Océans bénéficie, excusez du peu, du soutien de l’UNESCO et de la Fondation Albert II de Monaco.

Au sommaire de ce 33ème épisode de « Interview de Photographes Nature »

Voici ce que vous apprendrez dans ce podcast avec le photographe sous-marin Joe Bunni :

  • le lien entre la photographie sous-marine et le métier de dentiste. Il y en a un et c’est surprenant !
  • le rôle de l’association SOS Océans créé par Joe
  • pourquoi les océans sont la poubelle de la terre
  • quels gestes faire à notre petit niveau pour participer à la préservation des océans
  • la génèse et les espoirs placés dans le documentaire  » + / – 5 mètres « 
  • le secret de Joe Bunni pour réussir ses photos en plongée sous-marine
  • son autre secret pour photographier sous l’eau dans des conditions difficiles
  • l’histoire de sa plus célèbre photo : la femelle ours polaire photographiée à 50 cm dans l’eau

Repères cités dans cet épisode

Vous avez aimé ?

Un grand merci à Joe Bunni pour sa disponibilité, son partage de ses connaissances et de son expérience. Remerciez-le vous aussi sur Twitter en 1 clic en cliquant ici.

Si vous me donniez un coup de pouce pour faire connaître l’émission ? Il suffit de laisser un commentaire sur iTunes.

Grâce à ça, votre podcast préféré 😉 sera plus visible et pourra être plus facilement trouvé iTunes. Pour ça c’est très simple :

Toutes les photos ci-dessous sont de Joe Bunni.

joe-bunni

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Transcription texte de l’interview

Régis Moscardini : Bonjour Jo.

Joe Bunni : Bonjour.

Régis : Merci beaucoup d’avoir accepté mon invitation pour cette interview, Jo.

Joe : C’est un grand plaisir pour moi.

Régis : Ma première question va être tout simple : est-ce que tu peux te présenter en quelques mots, s’il te plait ?

Joe : Jo Bunni est chirurgien-dentiste, est un photographe, est un plongeur, est un karateka, est un père de famille. Voilà.

Régis : C’est parfait. On a de la bonne matière pour démarrer et plein de choses à découvrir. Tu viens de le dire, tu as une double casquette, celle de chirurgien-dentiste et de photographe, je pourrais même triple casquette avec celle de plongeur.

Une question peut-être un petit peu bizarre mais j’avais envie de te la pose. Est-ce que le fait d’être dentiste et photographe, est-ce que l’une et l’autre de ces deux pratiques-là t’aident, ou est-ce que ça n’a rien à voir ? Est-ce que le fait d’être dentiste c’est une grosse frontière avec être photographe ?

Joe : Pas du tout. J’ai toujours aimé partagé mes photos avec mes passions. A l’époque de l’Ekta ou de l’argentique, je mettais des gros tirages au plafond, j’ai même fait des chromes au plafond, éclairés. Je cherchais à partager ça avec mes patients. Par la suite, dès que le numérique est arrivé, je faisais défiler des diaporamas au-dessus de leur tête.

Je partageais mes voyages, mes passions, ce qu’ils pensaient des images avec eux. Après, via ça, a commencé la phase de sensibilisation de ces passions. L’un servait l’autre parce que d’un côté je sensibilisais et de l’autre côté je les détendais et je leur faisais oublier les malheurs que je leur faisais.

Régis : Je suis allé chez le dentiste il n’y a pas très longtemps, il y avait une nouveauté dans son cabinet, je n’y étais pas allé peut-être depuis un ou 2 ans. Effectivement quand je me suis allongé sur le siège, au-dessus de ma tête il y avait un écran avec des photos de paysages qui défilaient. J’imagine que les photos, ce n’est pas le dentiste qui les avait prises. Mais toi, c’est toi qui prenait les photos et qui les montrait à tes patients. C’est ça ?

Joe : J’ai commencé ça, il y a presque aujourd’hui 15 ans. En fait les fabricants sont venus copier chez moi.

Régis : D’accord.

Joe : Oui. Maintenant j’ai toujours mon premier système, simple, je change l’écran de temps en temps, pour une meilleure qualité. Je le bricole, je ne le paie pas une fortune, mais il marche très bien et ça rend service. Encore une fois ça détend les patients.

Régis : J’allais te poser cette question-là. Est-ce que tu t’es vraiment rendu compte concrètement que les patients qui voyaient tes photos à l’écran étaient plus détendus, ou ils avaient moins mal, moins stressés ? Tu t’es rendu compte d’un changement de comportement chez eux ?

Joe : Je vais te dire que lorsqu’il n’y a pas de photos, j’ai deux fauteuils dans mon cabinet, j’en ai un avec un écran au plafond et un sans écran. Lorsque je les mets dans le petit cabinet qui n’a pas d’écran, ils disent, non, je n’ai pas de photos, je n’en veux pas.

Régis : D’accord. Est-ce qu’on peut appeler ça la photothérapie ? Ça ne soigne pas une maladie quelconque. Mais est-ce qu’il y a un mouvement, il y a un nom là-dessus ?

Joe : Non, je ne pense pas. Il m’est arrivé moi-même de m’allonger sur mon fauteuil, de regarder un peu l’ambiance que ça donne. Les photos passent en aléatoire. Je découvre. Ça c’est super. C’est vrai que tu vois la réaction des gens lorsqu’ils regardent les images, ils rentrent dans ce monde un peu.

Régis : Bien sûr. Ça détourne leur attention de ce que tu leur fais, finalement ?

Joe : C’est ça. Ça les fait penser à autre chose.

Régis : Quelles photos tu leur montrais ?

Joe : Moi, je montre toutes mes photos, tous mes voyages. Les premières personnes sensibilisées c’est mes patients. Je leur montre mes photos de voyage. Lorsque je n’ai pas vu quelqu’un depuis 6 mois, s’il vient tous les 6 mois pour son contrôle, qu’est-ce que vous avez fait docteur comme dernier voyage ?

Régis : Ce sont finalement tes premiers fans. Est-ce que tu te sers un peu de leur retour, de leurs remarques ?

Joe : Absolument. C’est un sondage.

Régis : C’est ça. Tu as utilisé un mot qui me semble important, c’est celui de sensibiliser. On va parler pas mal de ton association que tu as créée : SOS Océans. Et après on viendra plus précisément à la photo sous-marine et aux techniques.

Mais d’abord je voudrais vraiment parler de ça parce que ça me tient à cœur. Le nom nous donne un sacré indice sur l’utilité de cette association. Mais est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus, s’il te plait ?

Joe : J’ai créé SOS Océans, je l’ai fondé en 2006 lorsque j’ai fait mon premier livre Impressionniste de l’océan qui était édité par l’association. J’ai lancé une souscription, j’ai eu 4.000 personnes qui ont répondu. Je ne voulais pas que ça rentre à titre personnel, donc j’ai créé cette association pour que tous les bénéfices de vente de ce livre aillent à cette association.

Le but de l’association, initialement et encore aujourd’hui, c’est la sensibilisation. Etant donné mes multiples activités, je ne peux pas travailler sur le terrain. Donc mon activité ou le but de l’association, c’est la sensibilisation du public, la sensibilisation des enfants dans les écoles, c’est le but initial,  via mes photos, c’est de l’abc, je sensibilise les gens, je mets mes photos à la disposition du public.

On regarde aussi bien sur Internet que sur mon site personnel jobunni.com, ou on vient au cabinet ou ailleurs, ou dans les expos où je mets mes photos à la disposition pour sensibiliser les gens.

Régis : D’accord. Qu’est-ce qui t’a amené à vouloir en faire plus sur les océans et en tout cas à sensibiliser les gens là-dessus ?

Joe : Ça fait 30 ans que je plonge et il y a eu très peu d’endroits dans le monde où j’ai eu envie de retourner, ou lorsque je suis retourné une deuxième fois, je ne vais y retourner une troisième fois, parce que ça se dégrade et je n’ai plus envie de retourner.

Régis : En 30 ans tu as vu la différence ? Entre les premières plongées que tu faisais il y a 30 ans et maintenant, si tu retournes à ces endroits-là, tu vois qu’il y a une vraie différence ?

Joe : Oui. C’est indiscutable. Il y a un appauvrissement général de la faune et de la flore dans les océans. S’il y a un endroit où l’activité de l’homme est inéluctablement responsable, c’est dans les océans. C’est la pollution et la surpêche. On ne va pas parler du climat. On va parler juste de pollution et de surpêche. C’est tout.

Régis : Je ne veux pas plomber l’ambiance, mais il faut le dire aussi, tu parlais de sensibiliser, ton discours malheureusement il est alarmiste parce que c’est la vérité. On dit souvent que les océans sont les poubelles de la Terre.

Je voudrais savoir pourquoi. Moi j’habite en Bourgogne, je ne jette rien directement dans la mer. Pourtant je crois savoir que mon action de consommateur lambda, elle a une incidence directe sur la mer. Pourquoi ?

Joe : Bien sûr. Déjà le lien direct c’est la nappe phréatique et les rivières, tout arrive à la mer. C’est la première chose. Si tu mets des engrais dans ton jardin, ça arrive à la mer un jour ou un autre, à plus ou moins long terme.

Ça c’est une chose. Mais la consommation en elle-même aujourd’hui elle aboutit à la dégradation des océans. Tu achètes aujourd’hui une boite de madeleines. La boite de madeleines elle est dans un carton, à l’intérieur il y a des sacs en plastique, un emballage en plastique.

Aujourd’hui on va jusqu’au point de mettre chaque madeleine dans un sac en plastique encore. Tout ça, si tu veux, finit un jour ou un autre en mer.

Régis : Oui, mais c’est super d’avoir des petits sacs plastiques qui vont diviser les madeleines en deux, c’est super pour les gamins quand ils vont à l’école, à la récréation. Je fais l’avocat du diable. C’est du marketing vraiment nul.

Joe : Tu crois que nos parents et nos grands-parents ne mangeaient pas des trucs sains. Je pense qu’ils mangeaient même beaucoup mieux que nous. Ils avaient besoin de sacs en plastique ? Il faut arrêter. Jusqu’où on va aller dans la folie.

Régis : Si, pour les océans, il y avait une action que tout le monde devait faire au jour le jour, ce serait laquelle ?

Joe : Je ne peux pas dire qu’il y a une seule chose. Pour moi, il y a deux choses : le plastique et la surpêche. Le plastique avec tous ses dérivants, tous les hydrocarbures qui atterrissent dans les océans, et la surpêche.

Je pense que le plastique, si on arrive à arrêter de jeter dans les océans du plastique, on arrivera à nettoyer, même si aujourd’hui il est en nanoparticules dans le corps de chaque poisson et de chaque cétacé, et finalement dans le corps de chaque consommateur de poissons.

C’est la chaine. Ce n’est pas pour rien que les pédiatres conseillent de ne pas donner aux enfants des poissons du sommet de la chaine alimentaire, qu’ils ne conseillent que des sardines et des maquereaux.

Le début de la chaine alimentaire parce que c’est là que la concentration en polluants ou en métaux lourds est la moindre. Cependant ce qui concerne la surpêche, on est aujourd’hui en train de pêcher, de vider les océans, jusqu’à 3.000 mètres de profondeur.

On ramasse tout ce qu’il y a, sous prétexte qu’on doit faire de la pisciculture. On prend tout ce qu’il y a. On détruit des espèces dont on ne connait même pas l’existence.

Le bien que ça pourrait amener à l’humanité, du point de vue médical, du point de vue pharmaceutique, etc., on est en train de détruire des choses dont on ne connait même pas l’existence parce qu’on a des dragueurs jusqu’à 3.000 mètres de fond qui sont en train de tout draguer, de tout détruire.

Il faut voir après le passage de ces engins le champ de mines qui reste. C’est catastrophique.

Régis : On voudrait sur terre attraper que des biches par exemple, et dans les forêts on passerait un énorme filet super lourd qui détruirait tous les arbres sur son passage et qui ramasserait tout.

Dans tout ce qui aurait été ramassé, il y aurait effectivement quelques biches, je parle de biches, j’aurais pu parler d’autres choses, mais il y aurait aussi toute la faune qu’on peut connaitre. C’est la même chose, c’est pareil. Quand on ne le voit pas, ça nous importe peu ?

Joe : Absolument. Mais le pire après, tu sais à quoi ça sert toute la pêche parallèle ?

Régis : Non.

Joe : On passe tout ça en mouliné, et on jette tout ça dans la pisciculture pour les saumons, pour ceci, cela, en ajoutant des antibiotiques, etc. Mais on marche sur la tête. Laissons le saumon en liberté et qu’il pêche lui-même ses propres poissons.

Tout ça pour la surconsommation. Tout ça pour diminuer le prix. Mais moi je préfère payer mon saumon plus cher, je mange une fois par an du saumon, que manger dix fois par an du saumon de merde.

Régis : Comme tu l’as dit, c’est la surconsommation. Tant qu’il n’y aura pas une vraie prise de conscience de tout le monde, des politiques, des industriels et des consommateurs, ça va être très difficile.

Mais je pense que les politiques et les industriels sont tellement liés, il y a tellement de lobbyings, il y a tellement d’intérêts partagés que ça parait être très difficile.

Joe : Les politiques, c’est des pions, ils ont 4 années ou 5 années de mandat, après ils pensent au prochain, donc ils ne veulent pas vexer ceci, cela. Si je touche à ça, je mets 10.000 personnes au chômage, ainsi de suite. C’est toujours le même cirque, on le connait tous.

Ceux qui gèrent tout, c’est les lobbys, c’est les puissances. Mais ces gens-là ils sont complètement inconscients. Parce qu’ils pensent pendant 30 secondes que leurs petits-enfants auront un meilleur futur que nos petits-enfants parce qu’ils sont au sommet aujourd’hui, ils se plantent, ils se mettent le doigt dans l’œil.

Régis : En même temps ça fait aussi partie de notre passion pour la nature en général, donc il faut qu’on en parle.

Il y a d’autres personnes qui sont vachement actives sur la question de la sauvegarde des océans mais qui n’utilisent pas du tout les mêmes moyens que toi pour la sensibilisation, en tout cas pour les actions de terrain.

Je pense à Sea Shepherd par exemple, qui eux ont des actes carrément violents, qu’on qualifie même parfois d’écoterrorisme. Est-ce que tu es d’accord avec cette façon de faire ? Parce que finalement le but est le même, c’est défendre les océans, en tout cas c’est d’en faire parler.

Est-ce que tu es d’accord ou que tu penses que finalement ce n’est peut-être pas le bon moyen de sensibiliser les gens ?

Joe : Si. Sea Shepherd, Paul Watson a beaucoup de gens qui le suivent, qui pense comme lui, que ça suffit maintenant. Je préfère l’action de Sea Shepherd à ce que j’appellerais les ayatollahs de l’écologie.

Régis : Avec des grands discours, qui sont très jolis à entendre, mais qui ne font pas beaucoup avancer les choses ?

Joe : L’écologie pure et dure n’a pas sa place aujourd’hui en tous les cas. Elle a sa place dans la mobilisation. On a besoin de tout. On ne peut pas dire écologie pure ou économie. Non. C’est écologie et économie, écologie et finances.

On ne peut pas faire abstraction des deux. On ne peut pas foutre des milliers de personnes, sous prétexte qu’on va faire de l’écologie, à la porte et qu’ils crèvent la dalle. Non. Il faut qu’on est un chemin, une perspective à long terme et qui va nous amener vers un équilibre.

On ne peut pas dire aujourd’hui, oui c’est les peuples qui vont se révolter. Les peuples, l’Internet il a sa place par des pétitions, par un boycotting des grandes surfaces, ceux qui vont draguer à 3.000 mètres de profondeur.

Régis : Des lanceurs d’alertes qui vont faire passer des informations qui vont pouvoir se répandre assez rapidement.

Joe : On boycotte telle personne. S’il y a une entreprise qui prend la bonne voie, on va la soutenir. S’il y a une entreprise qui veut continuer son trajet de destruction, tout dans le but de la finance ou de l’intérêt à court terme, celle-là on la boycotte.

Ça, c’est le rôle des ONG, ça c’est le rôle de chaque citoyen à choisir sa voie. Après, il faut savoir qu’il faut que nous aujourd’hui on doit travailler main dans la main avec des entreprises ou de les éveiller et de les amener vers le bon chemin.

Régis : C’est carrément de la pédagogie envers les entreprises, les industriels ?

Joe : Je pense, absolument. Ça, c’est le rôle de l’ONG, c’est d’éveiller le public vers le chemin qu’il faut prendre. Mais on ne peut pas dire qu’on doit arrêter de travailler parce qu’ils font de l’argent ou  qu’ils font des finances ou qu’ils prennent leur temps pour le faire.

Régis : J’ai un petit espoir parce que finalement quand tu disais tout à l’heure tu faisais des actions de sensibilisation auprès des écoliers, auprès des jeunes, il n’y a évidemment pas que toi qui le fait, il y en a plein d’autres qui le font, ça c’est génial, moi je placerais plutôt mon espoir dans cette génération-là qui va être sensibilisée.

Moi je n’ai pas été sensibilisé, je ne me souviens pas avoir eu dans mon école des messages écologiques comme maintenant il peut y avoir. Donc je pense que l’espoir peut être placé dans cette génération d’écoliers et de collégiens qui, dans 15-20 ans, seront aux manettes.

Peut-être que c’est eux finalement feront un petit peu bouger les choses.

Joe : Je te donne un exemple. J’ai commencé ma sensibilisation il y a presque 10 ans dans les écoles. Il y a une jeune Hollandais, tu as peut-être entendu parler de lui, Boyan Slat, qui raconte l’opération Ocean Clean avec l’idée de nettoyer.

Ce jeune homme a 19 ans. C’est-à-dire que moi lorsque j’ai commencé à sensibiliser, ce jeune homme avait 9 ans ou 10 ans. C’est l’âge moyen des enfants à qui je parlais il y a 10 ans en arrière. C’est-à-dire que ce jeune a été influencé par quelqu’un un jour.

Régis : Bien sûr.

Joe : Le résultat, parce que ce jeune on peut le critiquer, on peut dire ce que l’on veut sur lui, il y a du pour et du contre, personne n’est jamais parfait, mais il a une idée et on peut se féliciter que cette idée-là est venue d’un jeune de 19 ans.

Ça donne de l’espoir. Il y a de l’espoir dans cette jeunesse. J’ai été à la COP21 il y a 2 jours, j’étais sur le stand de l’UNESCO et je regardais autour de moi. Je n’ai pas assisté aux conférences, à tout ça. Je connais, même si je ne connais pas tout.

J’ai regardé l’ambiance de la COP21 et ce qui m’a épaté, c’était que j’avais l’impression d’être dans la Foire de Paris pour l’écologie et elle était pleine de jeunes qui venaient, absorbés. Voilà, c’est tout. Si la COP21 ne sert à rien d’autre que ça, elle a attiré des milliers et des milliers de jeunes.

Dans tous les cas, il y a eu une sensibilisation tellement du public où des jeunes aujourd’hui se rendent compte que c’est leur avenir qui est en main. J’ai un fils de 23 ans. Mon fils de 23 ans a fait une école de commerce, il était parti pour faire de la finance, il a fait ses stages dans la finance.

Au bout de 12 mois de stage, il était écœuré. Maintenant il me dit, papa, je veux aller pour l’orientation des entreprises pour qu’elles deviennent propres.

Régis : Ce que j’aime chez toi, Jo, c’est que tu constates plein de choses qui ne vont pas très bien, tu en as vraiment conscience. Mais par contre tu passes à l’action, tu ne restes pas les bras croisés, tu as créé l’association il y a 20 ans de ça maintenant

Joe : 10 ans.

Régis : SOS Océans. Mais beaucoup plus récemment tu as sorti un documentaire qui s’appelle Plus ou moins 5 mètres. J’en ai vu quelques extraits. Ça a l’air vraiment génial. Première question : quand est-ce qu’on pourra le voir et où ? Comment se passe sa diffusion ?

Joe : Je t’arrête tout de suite. Ce n’est pas moi qui ai sorti le documentaire. J’ai mis le deuxième livre que j’ai sorti, Plus ou moins 5 mètres, sur Internet en téléchargement gratuit. C’est Dominique Hennequin qui est le producteur de la série actuelle, qui l’a un jour feuilleté sur Internet.

Il n’a pas décollé pendant 2 heures et demie. Il m’a appelé. Il m’a dit, Jo est-ce que tu crois qu’on peut faire quelque chose ensemble ? Encore une fois c’est de ne pas être égoïste, de partager ses photos, de partager ses trucs, de ne pas avoir peur que ma photo va être volée, va être reproduite.

Mes photos elles étaient là pour la sensibilisation. Ça a abouti à quelqu’un qui a vu, ça a abouti à cette personne qui a convaincu les chaines comme Arte à faire cinq documentaires de 43 minutes plus un film de 90 minutes.

Mon message est passé de 6.000 personnes pour le premier livre, 12.000 personnes avec le deuxième livre, à aujourd’hui 1 million de personnes qui ont vu le film. L’audimat était de 1 million de personnes.

Régis : Sur Arte, il y a eu 1 million de personnes qui ont regardé le documentaire ?

Joe : Qui ont regardé le documentaire.

Régis : Génial ! Du coup, tu places quelques espoirs dans le message que tu veux faire passer avec ce documentaire-là ?

Joe : Je pense, vu les retours, que les gens sont sensibilisés. On ne va pas dire que le million de personnes sont sensibilisées. On va dire s’il y a 20%, c’est déjà 200.000 personnes de sensibilisées.

Pour une petite association qui fait son travail de sensibilisation, on est passé de 6.000 à 12.000, à 200.000, il y a de quoi être satisfait.

Régis : Mes félicitations. C’est vraiment une super nouvelle.

Joe : Bien sûr, ça fait plaisir. Maintenant j’espère que les chaines étrangères vont le prendre. Il y a certaines chaines déjà. Il faut qu’on tape les Anglo-Saxons. Mais je pense que ça va venir. J’ai très bon espoir, je pense que ça va venir et que le message va continuer à passer.

Régis : C’est super. On va en venir à la photo. On va être plus terre à terre, un petit peu moins philosophique. Pour la photographie sous-marine, mis à part la question des caissons étanches à utiliser et qui sont indispensables évidemment, est-ce que la photo sous-marine est foncièrement différente de la photo terrestre, par rapport aux réglages par exemple ?

Joe : Tu grandis, tu sais marcher. Une fois que tu sais marcher, tu ne penses pas à marcher. A partir de là, tu prends un appareil photo, tu fais des photos. Pour plonger, il faut déjà que plonger devient comme marcher, pour que tu puisses faire de la photo correctement entre guillemets.

Si tu veux faire de la photo souvenir, etc., tu peux en plongeant. Mais si tu veux essayer de faire quelque chose de bien, il faut que la plongée soit une seconde nature.

Régis : Tu veux dire qu’il faut absolument que la plongée devienne instinctive, que tu n’aies plus à penser telle ou telle chose à faire en plongée, pour que tu sois entièrement consacré et concentré sur la photo ?

Joe : Bien sûr. Mais sur terre c’est pareil !

Régis : Oui, bien sûr. Sauf qu’on ne s’en rend pas compte.

Joe : Est-ce que tu te poses des questions si tu es debout ou à genoux ?

Régis : Non. Mais des fois je me pose la question de savoir si je dois m’arrêter de respirer pour être le plus stable possible, par exemple.

Joe : Voilà. Si tu arrêtes de respirer comme tu dis, tu vas faire le poumon ballast dans l’eau et tu vas monter, donc le cadrage n’est pas le même. Tu vas lâcher quelques bulles, tu vas descendre un tout petit peu pour être dans le cadre.

Régis : Ça veut dire qu’il fait avoir un bon niveau de plongeur pour pouvoir passer à la photographie. Combien d’heures de plongée minimum pour être à l’aise pour la photo sous-marine ?

Joe : A l’aise c’est un grand mot. Ça dépend des gens. Mais je pense qu’il faut une centaine d’heures de plongée pour commencer à dire, je vais faire de la photo. Parce que tu prends l’appareil photo avec toi, tu fais clac, clac, clac, tu fais des photos souvenir.

Mais si tu veux essayer de te concentrer à essayer de faire de la photo correctement, il faut au moins 100 heures, voire 200 heures de plongée pour essayer de dire, je me concentre à faire ma photo sans m’occuper des facteurs de plongée.

Régis : Est-ce que des clubs de plongée, ils n’existent que sur le littoral ou là où il y a une piscine je peux faire de la plongée ? Comment ça se passe ? Est-ce que comme le ski il faut habiter en montagne pour en faire ?

Joe : Non. Il y a beaucoup de clubs de plongée dans des piscines où tu vas t’entrainer et après tu sors avec eux pour aller t’entrainer en mer. J’ai un patient qui a aujourd’hui 70 ans, qui m’a dit, ça y est, j’ai passé mon premier niveau. La plongée ce n’est pas un sport, ce n’est pas un exploit.

Le but de la plongée, c’est de se mettre à l’eau, d’être calme, de consommer le moins, donc ne pas palmer, ne pas bouger comme un fou. Ce n’est pas une activité où tu vas perdre, consommer des calories.

Le but de la plongée, au contraire, c’est d’être calme, détendu, de te laisser emporter pour ne pas déranger, pour observer et pour faire durer la plongée le plus longtemps possible. Cependant il faut être en condition physique pour pouvoir la pratiquer en cas de problème, sans sortir.

Régis : Comment tu fais pour ne pas être gêné par le mouvement des vagues ou par le courant ? Moi, je ne suis pas plongeur, je ne connais pas du tout ce milieu-là.

Mais on peut penser que le courant peut te faire un peu balloter de droite à gauche, alors que tu dois être stable pour la photo. Comment tu fais pour contrer un petit peu tout ça ?

Joe : Tu rentres en harmonie, en osmose avec le truc, tu te laisses balancer avec le courant et tu fais ta photo au moment où, le courant n’est pas constamment dans un sens ou dans un autre, il y a toujours des allers-retours.

Même s’il est constant, tu vois que l’animal il est là-bas à ta gauche, il est à 100 mètres. Tu te prépares, tu es prêt et lorsque tu arrives en face d’un animal, tu vas le prendre même si tu es emporté par le courant.

Régis : C’est vraiment un état d’esprit finalement. Etre calme, être en harmonie. On ne s’en rend pas compte, il n’y a pas que la technique du plongeur, à savoir respirer, utiliser le matériel correctement, il y a surtout l’état d’esprit qu’il faut avoir pour être en harmonie, être calme. C’est avant tout ça ?

Joe : Il faut entrer en harmonie avec les éléments et l’animal. Parce que souvent c’est pour photographier un animal. Si tu veux, il ne faut pas stresser l’animal, il ne faut pas l’effrayer, il faut respirer calmement. Parce qu’il ne faut pas croire, mais les bulles ça gêne énormément, ça leur fait peur, ils s’enfuient.

Lorsque tu t’approches de l’animal, ta respiration elle est au calme, tu rejettes un minimum de bulles, tu maintiens un peu ta respiration. Sauf que si tu la maintiens de trop, tu fais le poumon ballast et tu montes, donc dans ces conditions-là, tu lâches des bulles un tout petit peu.

En lâchant des bulles et en regardant dans le viseur, à un moment donné tu tombes, tu descends petit à petit, tu lâches les bulles au fur et à mesure, tu dégages des bulles.

Régis : Tu lâches du lest, c’est comme tu lâchais des sacs de sable ?

Joe : Des ballasts, voilà. C’est tout. Imagine que tu es en montgolfière.

Régis : La photo de couverture de ton livre Plus ou moins 5 mètres, c’est celle d’un ours polaire qui a une attitude géniale, prise entre plus ou moins 5 mètres, le nom du livre est très bien choisi évidemment. C’est à mi-air mi-eau.

J’imagine que tu as pris cette photo au grand angle parce que tu dois être extrêmement proche, presqu’au contact. Il y a une vraie histoire avec cette photo. Est-ce que tu peux en dire plus, s’il te plait ?

Joe : 50 centimètres.

Régis : Tu étais à 50 centimètres de l’animal ?

Joe : Oui. En fait ça s’est passé comme ça. Déjà lorsque je pars pour faire une photo, aujourd’hui en tous les cas, j’ai une mise en scène dans ma tête, j’ai un scénario. Imagine un studio avec une mannequin, tu te dis, je veux faire ça, ça, ça.

Là j’ai la même chose dans ma tête avant de partir. C’est une partie du  plaisir, la préparation de tout ça. Tu bouquines, tu regardes des documentaires sur comment l’animal se comporte. Ensuite tu espères que la condition, la situation va se présenter.

Régis : Bien sûr.

Joe : Donc on est partis. J’avais 5 jours sur place. 3 jours on n’a rien eu. Au bout du quatrième jour, on a eu un ours, un premier ours qui était un gros mâle qui n’en avait rien à foutre de nous.

Parce qu’il faut savoir encore une fois que l’ours blanc quand il est en train de nager loin des côtes, il n’en a rien à foutre de toi parce que, dans tous les cas, même si tu es devant lui, il ne peut pas te consommer, donc il ne va pas chercher à t’attaquer.

Sauf si tu l’emmerdes. Si c’est une mère avec un petit, ça c’est autre chose. Si tu es là, c’est un ours qui n’en a rien à foutre et voilà. Il va dégager. Ensuite, j’ai eu le lendemain, un jour super ensoleillé, cette jeune ourse qui était là, et lorsque je me suis mis à l’eau parce qu’elle était calme, on la suivait avec le bateau comme on le fait avec les baleines, très doucement, elle était habituée à la vitesse du bateau, elle n’était pas stressée.

Elle n’était pas énervée, je me suis laissé glisser à l’eau attaché par un bout parce que je ne suis pas inconscient quand même, je me suis mis à l’eau. Une fois approché d’elle, on a coupé le moteur, le bateau avançait dans son sillage, moi aussi derrière le bateau, je me suis laissé tirer vers elle.

Je cherchais à faire ma photo mi-air mi-eau, mais elle qu’est-ce qu’elle a vu, c’est comme ça que je l’interprète, elle a vu le dôme de mon objectif qui est grand de 22 centimètres, qui a une surface convexe. Toute surface convexe est un miroir. Avec de l’eau c’est encore plus un miroir.

Elle s’est vue dedans. Lorsqu’elle s’est vue dedans, elle a regardé comme un chiot qui regarde un miroir pour la première fois, ou un chaton qui regarde un miroir pour la première fois, il va mettre son nez dessus.

Régis : C’est la curiosité ?

Joe : Voilà. Elle, elle est venue, elle s’est approché, approché, jusqu’au moment où elle a mis sa truffe, son museau sur mon objectif.

Régis : Elle l’a touché ?

Joe : Elle l’a touché, j’ai les photos, tu les verras dans le documentaire parce que j’ai toute la séquence. Elle saute en arrière une fois qu’elle s’est rendu compte que ce n’était pas un autre animal, que c’était une surface métallique, elle s’est fait peur elle-même. Ensuite j’ai passé du temps avec cet animal dans l’eau. J’ai pris cette photo.

Régis : Ça doit être fabuleux. Tu peux décrire le sentiment, la sensation, l’émotion que tu as, ça doit être extraordinaire, tu ne peux pas rester calme, ce n’est pas possible ?

Joe : Mais si. Tu es obligé de rester calme, parce que tu prends ta photo. Tu restes calme et tu te dis, elle va s’arrêter, tu appuies sur le déclencheur. Parce qu’il ne faut pas déclencher en rafale. Si tu déclenches en rafale, tu fais peur à l’animal.

Même au pôle nord, les pauvres animaux savent reconnaitre les coups de rafale, et ça leur fait peur. Je me suis rendu compte de ça auparavant parce que j’ai photographié des ours du bateau au départ, j’ai travaillé en rafale, j’ai vu comment l’ours a réagi.

A partir de là, je n’ai pas travaillé en rafale, j’ai travaillé en appuyant chaque fois sur le déclencheur, et l’animal approchait. Tu te dis, elle va s’arrêter. Tu regardes les photos, tu vois qu’elle n’était pas agressive. Elle est venue tout doucement mettre son nez dessus et partir. C’est des moments uniques dans une vie.

Régis : J’imagine. Une telle proximité d’un animal sauvage de cette envergure.

Joe : C’est un des plus grands prédateurs sur terre qui, par curiosité, vient toucher ton objectif. Je ne peux même pas décrire ça. Lorsque tu as fait ça, tu te dis, aujourd’hui je peux mourir.

Régis : Oui, c’est ça. Tu as vécu une chose absolument incroyable. C’est toi qui as émis l’hypothèse du miroir, créé par l’objectif. Est-ce que tu avais anticipé ça, tu l’avais pensé possible ?

Joe : Non.

Régis : Tu ne l’as vu qu’après ?

Joe : Non. Moi j’étais parti pour faire une photo mi-air mi-eau. Mais j’ai découvert que l’animal peut être attiré par ça.

Régis : Peut-être pas tous les animaux mais en tout cas, cet individu-là ?

Joe : Non, tous les mammifères.

Régis : Ah oui ?

Joe : Tous les mammifères. Je l’ai testé pendant le tournage. Tu le verras lorsque tu regarderas les épisodes. Depuis j’ai mis au point une technique. J’ai fixé au-dessus de mon objectif, de mon appareil photo, de mon caisson, un miroir 30 x 40.

Régis : Un vrai cette fois-ci.

Joe : Un vrai où ils se regardaient. J’étais testé ça à Molène avec les phoques gris là-bas. Tu regarderas comment un gros mâle est venu jusqu’à faire la même chose que l’ours. Au départ il se regardait dedans, il ne croyait que c’était un autre gros mâle.

Il ne savait pas, il tournait autour. Est-ce que je dois intimider, est-ce que je dois me replier. Il y avait toutes les attitudes dans cet animal. A un moment donné il s’est approché, approché, lui aussi de la même manière que l’ours, presqu’à coller son nez au miroir cette fois-ci.

Ce qui me permettait avec un gros miroir comme ça, il ne me voyait plus du tout, j’étais caché derrière tout ça, moi je le voyais entre le miroir et mon caisson, je pouvais visualiser ce qui se passait, j’étais caché derrière tout ça, il ne me voyait pas, il voyait un autre gros phoque.

Je voulais faire ça avec un ours blanc mais ça ne s’est pas passé pendant le tournage. Les conditions même hors tournage, de tomber sur un ours qui est intéressé, les conditions du bon individu, les bonnes conditions météo, tout ça c’est tellement de critères. J’ai essayé de le faire, mais on n’a pas eu l’animal qui a joué le jeu pendant le tournage. Mais c’est un tournage.

Régis : Je change de sujet. On reste toujours dans la photo. Pour tes images de belugas, dans le Saint-Laurent, la visibilité semble être très mauvaise. Comment tu fais pour gérer un tel brouillard aquatique ?

Joe : Il faut toujours jouer avec les conditions que tu as. Si l’eau est trouble, il faut l’exploiter pour faire un genre d’image qui est différente.

Régis : D’accord.

Joe : Le beluga est un animal qui nous rappelle notre enfance. Tu es peut-être trop jeune pour ça. Casper, qu’on appelait The wonder coast, c’était Casper le fantôme un peu spécial, c’était un petit fantôme blanc qu’on a vu dans notre enfance dans des bandes dessinées ou dans des cartoons.

Lorsque tu es dans l’eau en face d’un animal comme ça, ça m’a rappelé des souvenirs d’enfance. J’ai cherché à faire des photos de Casper, des silhouettes d’un fantôme blanc, etc. J’ai exploité ça. Tu exploites la situation qui se présente.

C’est tout. Si ça arrive qu’il soit net, tant mieux. Sinon je vais m’adapter. Mais il faut avoir du recul pour ça.

Régis : Mais on retrouve les mêmes choses dans les conditions terrestres, avec le gros brouillard, avec un temps orageux par exemple, avec des gros nuages noirs.

Effectivement on pourrait pester contre le manque de lumière, mais au contraire il faut en jouer pour tirer parti de ça et faire des images avec des conditions dramatiques, des choses comme ça.

Joe : Exploiter la situation. C’est ça la force d’un photographe ou le savoir-faire d’un photographe.

Régis : Est-ce que tu passes du temps, Jo, à développer tes photos sur ordinateur ou au contraire tu y consacres le moins de temps possible parce que pour toi c’est un petit peu embêtant ? Comment tu gères ça ?

Joe : Si, je passe du temps parce qu’autrefois quand on rentrait d’un voyage on avait avec 300 ou 400 photos, aujourd’hui quand je rentre d’un voyage j’ai 2.000 photos à trier. Il faut trier, trier et trier. Il y a un spécialiste de chez Nikon qui me dit, toi tu travailles et tu es un des rares que je vois qui ne regarde pas dans son objectif.

C’est évident que je ne peux pas regarder dans mon objectif parce que je suis, souvent  ou pas, devant un animal qui peut être très sauvage ou dangereux. Si je veux regarder l’attitude de l’animal, je ne peux pas regarder dans mon objectif.

Donc je vise très large avec un grand angle ouvert, de telle manière à pouvoir observer de l’extérieur l’animal, ne regardant pas dans mon viseur. Parce que lorsque tu regardes dans ton viseur, tu ne peux pas voir tout le reste, ce qui se passe.

Donc j’ai un œil sur l’animal, sur son comportement, sur son agressivité ou pas, s’il en a ras le bol, si tu lui casses les pieds. Après, une fois que les photos sont faites, je vais la recadrer, je mets un sous-cadre pour la mettre en valeur.

Régis : La force du reflex dans la photographie sur terre, à savoir avoir l’œil dans le viseur et être immergé dans  la scène, parce qu’on ferme un œil et on regarde avec l’autre dans le viseur, on est vraiment dans le cadre de la photo, c’est une force, on s’isole presque de l’environnement pour pouvoir être concentré sur ce que l’on fait.

Cette force-là sur terre devient une faiblesse en mer parce qu’il faut au contraire prendre du recul, au sens propre cette fois-ci ?

Joe : Absolument. Il faut être conscient de tous les éléments autour de toi. Tu regardes dans un viseur, tu regarderas la scène dans le 3e épisode, tu verras les requins-tigres, on avait 6 requins-tigres autour de nous. Si tu te concentres sur un seul requin-tigre, tu ne vois pas les 5 autres.

Donc il faut pouvoir regarder et observer tous les animaux, tous les dangers qu’il y a autour de toi à 360°, ce qui n’est pas une simple affaire. On le voit dans cette séquence où il y a un autre plongeur, un copain qui était là, un requin l’a bousculé un peu, c’est tout.

Mais pour moi, il faut toujours garder l’œil. Le seul moment où je regarde dans mon viseur, où je suis concentré parce que je fais de la photo macro. C’est tout.

Régis : Il n’y a pas de risque ?

Joe : Voilà. Je n’ai pas une branche qui va me sauter dessus.

Régis : Est-ce que la fonction Live View peut être utilisable sous l’eau ?

Joe : Elle est utilisable sauf que tu ne peux pas faire de rafale. Donc ce n’est pas une fonction qui m’intéresse. Ça prend tellement de temps, tu dois regarder, tu es en position de Live View, tu attends, l’animal va te dire au revoir, salut, ciao, il ne va pas t’attendre.

L’animal n’est pas une mannequin qui t’attend. Tu ne peux pas te permettre d’attendre.

Régis : Merci beaucoup Jo.

Joe : Merci à toi, Régis.