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L’invitée

Pour ce 38 ème épisode j’ai le plaisir d’accueillir Florence Dabenoc, photographe animalière qui s’est fait spécialité de photos d’animaux sauvages africains, particulièrement avec l’effet de flou de filé. 

Biographie_Florence_Dabenoc

Florence Dabenoc est vétérinaire de formation. Loin d’être un détail, son métier lui a donné des bases solides pour connaitre presque intimement les animaux sauvages. Sa passion pour la photographie animalière n’a d’égal que celle pour le continent africain. Dès qu’elle le peut, elle et sa famille partent photographier la faune africaine.

L’année 2016 est pour Florence celle de la reconnaissance, voire de la consécration. Ses images ont été ou vont être exposées dans des festivals de grande renommée, comme celui de la Baie de Somme, celui de Namur et, le plus grand d’entre tous, le festival de Montier-en-Der. La plupart des photographes ne feront pas en une vie ce que Florence a réalisé l’espace d’une année ! 🙂

De toutes ses images, sa série consacrée au flou de filé m’a littéralement scotché. Il ne s’agit pas du tout de réduire sa production à cette seule technique. Mais force est de constater que le flou de filé qu’elle maitrise à merveille est sa marque de fabrique.

Oui, le flou de filé est un effet artistique voulu, réfléchi et délibéré ! Non, le flou de filé n’est pas une photo floue ratée ! Et c’est exactement ce que vous explique Florence tout au long de l’interview.

Au sommaire de ce 38ème épisode de « Interview de Photographes Nature »

Voici ce que vous apprendrez dans ce podcast avec la photographe Florence Dabenoc :

  • La biographie de Florence
  • Le matériel photo qu’elle utilise
  • Comment elle vit son passage au plein format
  • Comment gère-t-elle son matériel photo en voyage
  • La sauvegarde de ces images
  • Les avantages du numérique pour apprendre la photographie
  • Le grand intérêt du trépied
  • Pourquoi l’Afrique l’attire-t-elle autant
  • Comment composer sa famille et sa passion pour la photo en voyage
  • D’où lui vient sa pratique du flou de filé
  • Comment elle estime le temps de pose pour un flou de filé
  • Comment avoir un temps de pose assez lent en pleine lumière
  • Quelle démarche artistique pour prendre une réaliser un flou de filé

Repères cités dans cet épisode

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Partagez cette interview sur Facebook, c’est le meilleur moyen de faire connaitre les photos de Florence. Merci ! 🙂

Toutes les photos ci-dessous sont de Florence Dabenoc

florence_dabenoc_flou de filé florence_dabenoc florence_dabenoc florence_dabenoc florence_dabenoc florence_dabenoc

Transcription texte de l’interview

Régis : Bonjour Florence.

Florence : Bonjour Régis.

Régis : J’ai vu ton travail pour la première fois, et donc tes magnifiques photos, au Festival de l’oiseau en baie de Somme. C’était il y a quelques semaines de ça. J’ai été marqué par tes photos floues, très originales, et qui ne manquent pas de faire réagir. Je pense qu’on aura le temps d’en reparler dans l’interview. Tout d’abord, est-ce que tu veux bien s’il te plait te présenter ?

Florence : Je m’appelle Florence Dabenoc. J’ai 46 ans, je vis en Lorraine. Je suis vétérinaire, donc photographe ce n’est pas ma profession mais c’est une de mes passions. J’ai la chance d’avoir plusieurs passions, donc la photographie évidemment, mais aussi la nature, les animaux.

C’est peut-être ce qui m’a orientée vers cette voie professionnelle. Ce sont mes parents qui m’ont transmis cet amour de la nature, le respect de la nature et des animaux. Les voyages aussi. On est une famille de globe-trotters. Avec mon mari et mes 2 enfants, on essaie de les emmener bourlinguer un petit peu aux 4 coins du monde. La nature, les voyages et la photo sont mes passions. J’ai un matériel Nikon pour ne pas citer la marque.

J’ai  commencé avec un D90 que j’ai redonné à ma fille, qui va peut-être reprendre le flambeau. Le matériel a évolué au fur et à mesure. Actuellement j’ai 2 boitiers plein format dont je suis pleinement satisfaite, le D700 et le D3S. Depuis que je suis passé au plein format je n’utilise plus beaucoup les APS-C.

Au niveau des objectifs, j’ai un 24-70 2.8, un 70-200 2.8 et depuis un tout petit peu plus d’un an un 200-400 f4 qui m’ouvre de nouvelles perspectives pour montrer plus tard que ce n’est pas indispensable d’avoir un très gros téléobjectif pour faire de la photo en Afrique puisque je l’ai acquis vraiment tout récemment.

Régis : D’accord. Est-ce que le passage au plein format, tu as vraiment vu une différence ? Est-ce que pour toi un retour en arrière serait possible ?

Florence : Moi, j’ai vraiment vu une différence. Je sais qu’il y a certains photographes qui font de magnifiques photos avec un D300S, que j’ai toujours d’ailleurs. Comme quoi on n’est pas obligé d’avoir du plein format pour faire de très belles photos. Mais moi j’ai trouvé que de passer en plein format ça m’a vraiment changé, déjà au niveau de la gestion de la lumière, on entre dans un autre monde. Au niveau de la sensibilité, c’est bien meilleur.

Ça continue de progresser. Même les images prises en plein format, que j’étais obligée de recroper très légèrement parce qu’à l’époque je n’avais pas ce fameux téléobjectif. Je trouvais qu’elles étaient meilleures même recropées que des images prises en APS-C non recropées. Donc à force de m’en rendre compte, j’avais du mal à utiliser l’APS-C. C’est pour ça que les boitiers que j’utilise vraiment, ce sont les 2 plein format. Je trouve qu’il y a une différence, oui. J’aurai du mal à revenir en arrière.

Régis : En plus maintenant, les prix ont tendance à baisser, en tout cas à devenir assez raisonnables dans toutes les marques dans le plein format. Ça reste une somme. Mais dans les 1000, 1200, voire 1500 euros, on peut avoir du plein format, même neuf, maintenant. Donc c’est quelque chose qui est assez abordable.

Florence : J’ai acheté mon D3S, c’était l’appareil dont je rêvais. Je l’ai acheté d’occasion. Plutôt que d’acheter un D809 ou un D810 ou autre qui ne me branchait pas plus que ça. La course aux pixels ce n’est pas forcément ce que je recherche. Mais pour moi le D3S c’était un boitier mythique te je l’ai acheté d’occasion, j’en suis ravie.

Régis : Tu l’as dit, tu voyages beaucoup. Tu prends, je pense beaucoup l’avion et aussi d’autres types de transport en commun. Comment tu transportes ton matériel ? Je te pose la question parce que très récemment j’ai un ami qui a eu un souci par rapport à ça, son matériel a été volé dans le train. Donc je profite de t’avoir sachant que tu voyages beaucoup, que tu transportes beaucoup de matériels. Comment tu gères cet aspect-là des choses ?

Florence : C’est vrai que mon matériel photo il reste toujours avec moi. Je ne sais pas comment ça s’est passé pour lui dans le train. Je sais qu’il y a même malheureusement des photographes qui se font voler du matériel en exposition. Malheureusement il y a des gens mal intentionnés partout.

C’est vrai que je l’ai toujours systématiquement avec moi, jamais en soute. Donc j’ai un sac, un gros Tamrac dans lequel je mets les boitiers et les 2 optiques. Maintenant que j’ai le gros 200-400, il a son étui à part. J’ai gardé la housse Nikon. Donc j’ai tout mon barda sur le dos toujours avec moi. Ça passe toujours. C’est surtout l’avion. Mais même le train, on l’a déjà pris à l’étranger et tout ça. J’ai toujours mon sac d’appareils photo juste à côté.

Je les protège comme ça. Après, dans les voitures de location, etc., j’ai toujours mes boitiers systématiquement sur mes genoux. Je les sors du sac parce qu’il faut souvent être réactif. Par contre je ne les pose jamais à côté de moi ou sur le sol. Pour éviter les vibrations, je les ai toujours sur les genoux.

Quand on dit les genoux, c’est les cuisses qui amortissent. Souvent j’ai des bleus, des marques, mais  ça protège mon matériel. Il n’y a rien de particulier, à part de les mettre dans des sacs  et les garder toujours avec soi.

Régis : Est-ce que tu prêtes une attention particulière à la sauvegarde de tes images ? A un retour de voyage, tu as peut-être 1.000, 2.000 photos enregistrées. Tu te contentes de les avoir sur ta carte mémoire ou tu as d’autres systèmes de duplication, de sauvegarde ?

Florence : Pour l’instant, c’est vrai que j’ai uniquement les cartes mémoire. Je touche du bois, je n’ai jamais eu de soucis. J’en prends suffisamment avec moi. Il m’est arrivé une fois de vouloir en racheter en cours de route parce que je n’avais pas prévu assez, je crois que j’avais connu des soucis avec une carte mémoire, ce n’est pas toujours facile de trouver de grosses cartes à l’étranger, on a fini par en trouver quand même.

C’était exceptionnel. Sinon c’est tout. Là je viens depuis peu pendant les expos, pour tout simplement faire des diaporamas, d’avoir un portable, un Mac Book. Peut-être que maintenant je vais l’emmener en voyage selon les configurations, parce que ça fait encore une chose à emmener en plus, pour avoir une sauvegarde supplémentaire et peut-être voir les photos au fur et à mesure.

Pour l’instant ce n’est pas le cas. Uniquement cartes mémoire. En prendre suffisamment et avoir quelque chose bien à l’abri de la poussière pour les conserver.

Régis : Il existe le fameux système de videur de cartes, c’est juste un disque dur sur lequel tu branches directement ta carte mémoire. En gros ça aspire, ça récupère toutes tes photos. Ça ne prend pas beaucoup de place, ce n’est pas très lourd et c’est assez sécurisé.

Ça peut être aussi une solution. Tu ne peux pas les visualiser. C’est juste tu vides ta carte, c’est une sauvegarde de plus, après tu peux recommencer à prendre des photos.

Florence : Ça fera une idée de cadeau pour la Fête des mères.

Régis : Par exemple !

Florence : C’est bientôt.

Régis : Tu as fini les colliers de nouilles, c’était il y a longtemps, maintenant c’est fini.

Florence : Voilà. C’est fini. C’est dommage, ça avait son charme.

Régis : Oui, c’est vrai.

Florence : Les cartes mémoire ça peut être plus utile.

Régis : J’ai lu un petit peu la bio que tu avais écrite sur ton site Internet, qui est d’ailleurs bien fait et sur lequel j’invite les auditeurs à aller parce qu’il y a des très jolies photos. C’est ton papa qui t’a donné le gout de la photo bien faite. Des réglages, une composition faite aux petits oignons, et je pense, obligatoire du temps de l’argentique.

Comment tu fais maintenant pour perpétuer ce savoir-faire-là, en tout cas ce souci des choses bien faites avec le numérique qui, on le sait, a tendance à vouloir nous faire faire les choses un peu trop vite ? Comment tu gères ces 2 côtés un peu paradoxaux finalement ?

Florence : Je pense qu’effectivement, comme je l’explique dans ma bio, le fait de l’avoir observé. Petite, je ne faisais pas beaucoup de photos mais le fait de l’observer a vraiment influencé ma façon de faire maintenant.  Parce qu’il prenait toujours beaucoup de temps pour soigner le cadrage, la lumière et ainsi de suite. Ce qui nous faisait souvent pester parce qu’il prenait du temps à prendre ses photos. Mais je le comprends mieux maintenant.

Je pense que le numérique n’empêche pas ça. C’est un piège de croire que l’on va pouvoir prendre un peu tout et n’importe quoi à l’arrache, qu’on va pouvoir tout rectifier après. Une photo ratée, qu’elle soit en numérique ou pas, elle sera toujours ratée. On peut rattraper certaines choses, c’est sûr, plus qu’avec de l’argentique.

Mais pour moi le numérique n’empêche en rien de soigner autant qu’avant le cadrage, la composition, de bien gérer la lumière, etc.  La grosse différence par contre, je pense que ça a apporté ça, c’est qu’on peut progresser beaucoup plus vite avec le numérique parce qu’à l’arrière de l’appareil on peut tout de suite visualiser ce qu’on a fait et corrigé éventuellement les erreurs, alors qu’avant il fallait attendre la fameuse petite enveloppe jaune et se rappeler des réglages, prendre le soin d’avoir noté les réglages qu’on avait faits, donc il y avait l’inertie énorme qu’il n’y a plus maintenant.

Mais ce n’est pas parce que ça permet de progresser plus vite que ça empêche d’être aussi exigeant à la prise de vue. Mais encore une fois, le progrès est plus rapide. Et ça permet d’avoir beaucoup plus de créativité qu’avant le numérique et de faire plein d’essais.

C’est en faisant plein d’essais, d’erreurs et en corrigeant ses erreurs qu’on progresse. Mais à condition, encore une fois, de corriger ses erreurs. Parce que beaucoup prennent des photos à tort et à travers mais après si c’est pour les conserver toutes et de ne pas apprendre de ses erreurs, finalement on en revient au point de départ.

Régis : Je te rejoins à 100% sur le côté pédagogique de l’affaire. C’est vrai que le numérique permet de voir tout de suite ce qui a marché ou pas marché et de rectifier en temps réel. Ça, c’est un atout pédagogique qui est absolument formidable.

Je me souviens quand j’ai acheté mon numérique, c’était en 2006 je crois, mon père me disait, il prenait de la photo aussi à l’époque de l’argentique, « n’oublie pas Régis prends bien des notes, tu prends une photo, tu prends des notes, quelle vitesse, quelle ouverture », je lui disais « pourquoi, ce n’est pas la peine, ça ne sert à rien, j’ai tout sous les yeux ». C’est vrai que c’est l’avantage du numérique.

Florence : Ça permet des progrès plus rapides. Certains en oublient du coup de soigner la chose au départ. Parce que ça n’empêche pas de prendre soin au départ. On progresse d’autant plus vite en étant exigeant dès le départ.

Régis : Exactement. Est-ce que tu es une grande adepte du trépied, justement pour pouvoir prendre le temps de pouvoir faire le bon cadrage, de faire une composition telle que tu la veux réellement ?

Florence : Ça dépend du sujet. Là on rejoint ce qu’on disait tout à l‘heure, on en parlera peut-être aussi plus tard, c’est que le fait de voyager en famille, ça limite énormément les possibilités d’utiliser le trépied parce qu’on est tout le temps en itinérant. Je dois quand même composer avec ma famille.

Les photos de paysage dans lesquelles j’aimerais bien me lancer, qui nécessitent vraiment le trépied, pour l’instant je peux très peu en faire parce qu’en famille je ne peux pas me permettre de passer, même si je vois un très bel endroit, 5 ou 6 heures au même endroit à attendre la bonne lumière. Ça c’est un premier facteur limitant pour l’usage du trépied. Finalement j’utilise très peu le trépied.

En animalier, pour revenir au sujet qui nous intéresse, il faut être très réactif, donc je n’utilise pratiquement pas de trépied quand je vais en voyage en Afrique. Avant quand je prenais des photos avec mon 70-200, c’était la seule longue focale que j’avais, j’utilisais un sac de lentilles, le fameux big bag que je mettais sur la portière pour essayer d’avoir un appui stable. Depuis que j’ai le 200-400, là investissement nécessaire, dépense plutôt qu’investissement, c’est d’avoir acheté une tête pendulaire, on a trouvé un système qui se fixe sur la portière.

Là ce n’est pas tellement l’usage du trépied pour fixer le cadrage. Au contraire parce que là le but c’est de pouvoir se mouvoir avec le téléobjectif tout en ayant un appui fixe. Ça me parait indispensable. Mais par rapport à la composition, tout ça, non, finalement j’utilise très peu le trépied quand je suis en Afrique.

Les seules fois où je l’utilise, c’est quand on va en visite dans des villes. J’aime beaucoup aussi la photo urbaine, je fais des sorties nocturnes une fois que tout le monde est couché, je ressors, je suis toute seule et je peux passer le temps que je veux à l’endroit que je veux. Là par contre c’est bien les rares fois où j’utilise mon trépied parce que là c’est important, c’est des photos de nuit.

Régis : Tu dois être très sensible, je pense, à la qualité du viseur dans un reflex pour avoir vraiment l’œil dans la scène, être plongé dans la scène. J’ai eu l’occasion il n’y a pas très longtemps de mettre l’œil dans un Canon très haut de gamme, je ne sais plus le nom en tête tout de suite mais peu importe

Florence : Ce n’est pas grave, un Canon ça ne m’intéresse pas ! (Rires)

Régis : D’accord. J’ai vu la différence. Moi j’ai un Pentax K3, c’est un milieu de gamme dans le grand monde de la photo, qui n’a pas un mauvais viseur mais j’ai vu une grande différence. Pouvoir mettre son œil dans quelque chose qui donne une grande scène, c’est important aussi pour pouvoir avoir les meilleures conditions pour faire une belle composition. Je pense que tu dois être sensible à ce genre de choses, non ?

Florence : Le viseur compte aussi, tout à fait. En plus il faut un viseur qui soit pratique. J’ai des lunettes aussi. Quand je les enlève j’ai aussi une correspondance à ma vue. Mais c’est vrai que c’est important. On s’immerge d’autant mieux. Il faut s’immerger dans l’ambiance, dans la scène, dans ce qu’on veut prendre.

Avant même de composer la photo, il faut être dedans, dans le décor, en faire partie on va dire, et être imprégné. Après effectivement, le fait dans le viseur de voir vraiment ce qu’on va pouvoir voir ce qu’on va avoir après sur l’image, ça aide bien pour la composition.

Régis : Tu es docteur vétérinaire. Par curiosité, tu exerces dans quel domaine ?

Florence : Uniquement animaux domestiques, c’est un choix, surtout par rapport à la vie de famille, même si les animaux de ferme ça peut être passionnant aussi, mais il y a encore plus de contraintes. C’est tout un sujet à part, mais il y a aussi des contraintes financières, il n’y a pas forcément le côté attachement par rapport à l’animal, ce sont des animaux de rente, ce n’est pas forcément ce qui m’attirait.

C’est vraiment les animaux domestiques et les animaux de compagnie. On a une clinique vétérinaire avec mon mari. On travaille avec toute une équipe. On a d’autres vétérinaires aussi avec nous, et des assistantes. On s’occupe des chiens, des chats et des nouveaux animaux de compagnie.

Moi je m’occupe de tout ce qui est chirurgie, je ne fais plus de consultations médicales, je ne fais vraiment que de la chirurgie. Je m’occupe aussi de la gestion d’équipe, de tout le management. Je gère la clinique, je suis aussi chef d’entreprise.

Régis : D’accord. Je pose souvent cette question aux photographes qui ont fait des études liées de près ou de loin à la nature. Est-ce que c’est un avantage pour toi, pour ta pratique de la photo, d’avoir justement ce bagage de connaissances naturalistes et même bien plus poussées que ça, des connaissances très pointues sur l’animal ? Est-ce que c’est un avantage pour la photo animalière ?

Florence : Oui et non. L’attirance vers la nature a fait que je suis devenue vétérinaire. L’attirance pour le sujet, même si je ne fais pas que ça, mais mon sujet de prédilection c’est quand même l’animalier et principalement l’Afrique, forcément il y a un lien par rapport à l’amour de la nature et des animaux.

Maintenant le fait d’être vétérinaire peut aider à mieux comprendre et anticiper certains comportements d’animaux, oui. Mais c’est plus dans la qualité de l’observation des animaux que ça va changer quelque chose notre connaissance. Et encore, on est loin de tout connaitre sur la faune sauvage.

On arrive à connaitre certaines choses un petit peu mieux ou à les comprendre plus facilement parce qu’on est vétérinaire. Dans la pratique de la photo, pas le fait d’être vétérinaire mais le fait d’avoir fait des études scientifiques, d’avoir un esprit cartésien, d’avoir fait des études supérieures avec l’organisation que ça implique, la rigueur, etc., ça je pense que ça m’aide.

Quelque part ça déteint, dans le bon sens, sur ma pratique de la photographie parce qu’on revient au perfectionnisme dont on parlait tout à l’heure, que mon père a dû en partie me transmettre, ça c’est sûr, mais aussi cet esprit scientifique, rigoureux, méticuleux, l’esprit critique aussi, le fait de savoir se remettre en question, l’exigence, tout ça oui, ça a vraiment influencé ma pratique de la photographie. C’est plus le type d’études, l’esprit scientifique qui m’a aidée dans la pratique de la photographie.

Régis : D’accord. Est-ce que l’éthologie, ce domaine-là de vétérinaire ça t’intéresse ?

Florence : Oui, énormément. On a fait des formations sur le comportement des chiens et des chats. Après quand on part en voyage en Afrique, on a 3 livres qu’on prend systématiquement avec nous. On se répartit les rôles. Ma fille et moi, on est des rangers, on essaie de spotter les animaux, après je prends les photos. Mon mari conduit.

Comme mon fils est moins fan de photos, les observer oui mais spotter les animaux pas forcément, son rôle c’est d’aller nous lire, dès qu’on tombe sur un animal quel qu’il soit, tout ce qui concerne cet animal dans les différents livres qu’on a. On apprend plein de choses sur le comportement et c’est ce qui nous intéresse beaucoup.

Oui, ça fait partie intégrante. Même une fois que j’ai fini de prendre mes photos, on essaie de se renseigner sur l’animal, son mode de vie, son régime alimentaire, la reproduction, son comportement, etc. Oui, ça nous intéresse beaucoup.

Régis : Donc il y a une vraie démarche complète. Ce n’est pas que photographier l’animal, c’est aussi le connaitre. C’est une façon de faire qui est très générale à la photo animalière. Tu le fais très bien pour l’Afrique. Tu dis aimer beaucoup l’Afrique. Qu’est-ce qui t’attire dans ce continent-là particulièrement ?

Florence : C’est compliqué parce qu’il y a toute une part de non explicable. Si on essaye d’y réfléchir parce qu’on me pose souvent la question, j’ai essayé de me poser moi-même la question pour trouver des réponses. Déjà petite j’ai été intéressée par la nature et les animaux en général.

Dans mon enfance, la faune qui était la plus médiatisée entre guillemets aussi bien à travers des documentaires animaliers, je pense àFrançois de La Grange qui avait une émission Les animaux du monde. Je parle de choses que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre. Ils allaient souvent en Afrique. Dans ma chambre les étagères étaient remplies de livres sur l’Afrique.

Forcément c’était une faune qui me faisait rêver parce que c’était la faune qu’on voyait entre guillemets le plus. Ça m’a toujours fait rêver. J’étais aussi quand j’étais petite passionnée d’archéologie et de paléontologie. Petite j’ai assez vite su que je voulais être vétérinaire mais je voulais aussi éventuellement être archéologue.

Quelque part aussi ça me ramenait vers l’Afrique. Tout ça a fait que ça m’a attirée. Quand j’ai eu la chance la première fois d’aller en Afrique noire, j’ai eu un vrai choc. Pourtant on voyage beaucoup. Il y a plein de destinations qui m’ont énormément plu. Mais l’Afrique il se passe quelque chose de particulier que je n’arriverais pas à expliquer, il y a une émotion, quelque chose qui se dégage.

Maintenant que j’ai la chance d’y retourner régulièrement, ça me fait comme si je retournais chez moi. Ce n’est pas explicable.

Régis : C’est quoi ? C’est les paysages, c’est les animaux, c’est les odeurs, est-ce que c’est les gens qui habitent là-bas ou c’est réellement un tout, il n’y a pas de choses qui ressortent par rapport à d’autres ?

Florence : Tu viens de citer les choses que j’allais citer moi-même. C’est vraiment un tout. Je parle moins de l’Afrique du Nord, j’ai eu moins l’occasion d’y aller, je connais moins, j’ai moins ce ressenti-là. J’aime beaucoup aussi pour des tas de raisons différentes mais j’ai moins ce ressenti de rentrer chez moi quelque part, de revenir à la maison et de me sentir pleinement bien. C’est vraiment un ensemble.

Evidemment il y a ces paysages, cette ambiance, même si c’est dans des réserves protégées. Une fois qu’on est dans la réserve, dans la zone protégée, c’est tellement immense qu’on a l’impression d’être immergé dans la nature sauvage, c’est encore le cas même si elle est fragile, malheureusement. Il y a cette ambiance-là, c’est quelque chose de particulier ces grandes étendues sauvages où on peut faire partie d’un tout et observer cette vie sauvage qui se passe tout autour de nous.

Mais il n’y a pas que ça aussi, il y a effectivement la culture, les gens, les ambiances, les odeurs. C’est vrai que c’est rare qu’on en parle mais tout à l’heure tu l’as cité. Il y a plein de choses comme ça qui font que c’est sensuel. Et il y a une part qui est inexplicable. C’est comme si j’avais vécu une autre vie là-bas.

Régis : Je pense que d’autres personnes pourraient ressentir la même chose par rapport au Grand Nord. Il y a des gens qui y retournent le plus souvent possible parce qu’ils ont aussi été marqué par les paysages, par plein de choses, les odeurs aussi certainement.

Florence : C’est une destination qui me fait rêver aussi. J’espère avoir la chance d’y aller un jour parce que c’est vraiment une destination où j’ai envie d’aller, dans le Grand Nord.

Régis : Il y a pas mal de photographes qui partent seuls en voyage, pour ne faire que de la photo. Toi, tu l’as dit tout à l’heure, tu pars en voyage pour faire de la photo mais aussi en famille. Comment tu parviens à gérer ces 2 aspects-là, le côté perso et presque vacances avec le côté de la photo où il faut que tu rentabilises quelque part ton voyage ?

Florence : J’ai la chance de ne pas avoir ce côté rentabilité puisque ce n’est pas mon métier, c’est ma passion. J’ai la chance de pouvoir y consacrer un budget et ne pas être obligée de le rentabiliser. Mais avant tout, même si la photographie pour moi c’est une passion dévorante, l’aspect voyage en famille c’est vraiment ça qui prime parce qu’on a quand même un métier qui est très prenant mon mari et moi.

Quand on est à la maison, on est beaucoup pris par le travail et on n’a pas forcément autant de temps qu’on voudrait à consacrer à nos enfants. Quand on est en voyage, c’est vraiment un moment de parenthèse où on est que tous les 4, tournés les uns vers les autres. On profite pleinement de ces moments. En plus on a la chance de découvrir énormément de belles choses et d’aller aux 4 coins du monde.

C’est ce côté-là qui prime. C’est sûr qu’il y a plein de photos que je rate, des photos de paysage, on a la chance de passer dans des endroits magnifiques. Mais j’y passe en plein midi, il n’y a pas un pet de nuage, il y a une lumière dure, etc. Je me dis « si j’étais là le matin ou le soir je pourrais faire un truc d’enfer » mais je ne peux pas, ce n’est pas grave parce que c’est largement compensé par tous les autres aspects positifs qu’il y a.

Ils sont tous les 3 conscients de la passion de leur maman et de leur compagne, du coup ils sont extrêmement patients. Il y a aussi plein de moments où je peux profiter aussi de ma passion, eux observent les animaux, moi je prends le temps de prendre des photos. On arrive à concilier ça. Mais le voyage en famille prime sur la passion photographique. J’en rate mais j’en prends quand même suffisamment et je me fais surtout très plaisir. C’est un tout.

Régis : D’accord. Tu en rates, tu l’as dit, mais tu en réussis aussi beaucoup et on va y venir maintenant justement sur ce pour quoi je voulais t’interviewer particulièrement, ce sont des photos d’animaux floues. Avant d’aller plus loin dans les questions, est-ce que ce terme de flou est le bon, même si c’est le premier qui vient à l’esprit quand on voit tes images ? Est-ce que flou ça te convient ou tu voudrais peut-être mettre un autre mot derrière tout ça ?

Florence : Non, pas forcément un autre mot. Déjà je voudrais dire que c’est marrant que ce soit là-dessus que tu m’interroges, parce dans l’expo il n’y en a que 3 sur les 16. C’est vrai que les 3 je les ai mises en avant, elles étaient au  milieu, c’était un genre de triptyque et j’en suis très fière.

C’est normal que celles-ci attirent l’attention. Le flou, oui. Il faut préciser pour ceux qui n’ont pas vu les images que ce n’est pas un flou de mise au point. J’utilise le flou pour évoquer le mouvement. C’est plus un flou, on peut garder le terme de flou puisque ça en est, c’est le flou comme vecteur de créativité. Ça aussi c’est un terme qui risque de revenir souvent. J’essaie d’être créative, c’est comme ça que je me fais plaisir. Donc le flou comme vecteur de créativité, oui.

Régis : Est-ce que tu te souviens d’un moment, d’une espèce de petit déclic sur lequel tu t’es dit « je pourrai faire ça comme type de photo » ? Comment t’est venue l’idée de faire ça ?

Florence : Comme je disais, je ne fais pas que de l’animalier. Je pense que les premières fois où j’ai fait des essais, c’était plus en ville, je pense notamment au Vietnam avec la quantité de scooters qu’il y a dans les rues, ou même à New-York, où j’ai essayé de faire des effets de filé. C’est là que j’ai fait mes armes un petit peu parce qu’il y avait de quoi faire. Le filé, c’est une technique particulière qui n’est pas forcément évidente au départ à gérer.

Mais c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Le fait d’en avoir fait pas mal avec les véhicules en mouvement, ça m’a aidée à mieux gérer pour l’animalier. Ça c’est pour acquérir le côté technique. Après j’ai aussi dans mon activité, parce que je fais aussi partie d’une MJC, une maison de la jeunesse et de la culture, je m’occupe des reportages photos, je faisais des photos des galas de danse, modern jazz.

Là aussi j’ai fait des essais parce que prendre des photos de danseuses, ça va bien 5 minutes, ça n’est pas forcément mon truc. Là ça ouvre aussi des possibilités de créativité avec les mouvements des corps en basse lumière, à gérer. Là aussi, ça m’a donné des idées. Aussi une chose qui m’a influencée, c’est que j’aime beaucoup l’art contemporain, je vais pas mal dans les musées d’art contemporain, j’aime bien ce qui est abstrait, tout ça.

Je pense que c’est cet ensemble de choses-là qui a fait que je me suis dit « pourquoi pas essayer d’être créative et d’appliquer et d’utiliser ces techniques dans l’animalier », ce qui ne se fait pas tant que ça. C’est comme ça que je me suis amusée. J’ai commencé sur les gnous qui couraient, les zèbres, etc.  Je pense que c’est toutes ces influences-là qui font que je m’y suis intéressée aussi pour l’animalier.

Régis : J’adore ta réponse parce que tu te nourris de plein d’autres domaines pour créer des choses dans l’animalier. Tu as parlé d’art contemporain, tu as parlé d’autres types de photo comme la photo de sport ou la photo de danse. Peut-être qu’un des grands défauts de beaucoup de photographes animaliers, je suis peut-être dedans aussi, c’est de ne s’imprégner que de photos animalières, de ne regarder que ça, sur des forums, sur des livres.

C’est dommage parce qu’il y a tellement d’autres domaines artistiques dont on pourrait se nourrir. Tu le fais très bien avec l’art contemporain par exemple. C’est dommage de ne pas le faire. Je trouve que tu expliques très bien tes sources d’inspiration. C’est bien de le faire.

Florence : Merci. C’est gentil. Sur ma page Facebook, je mets régulièrement aussi des photos urbaines et tout ça. Je vois que ce n’est pas les mêmes personnes qui likent. Souvent les personnes qui me likent toutes mes photos animalières, elles sont perturbées par le fait que je fasse aussi d’autres choses.

Ce n’est pas grave. Je ne me détermine pas que comme une photographe d’animalier, même si c’est comme ça qu’on me connait un petit peu, à ma petite échelle. C’est ça que j’expose. Mais j’aime beaucoup aussi faire d’autres choses en photographie. C’est ça qui est génial avec la photo justement.

Les domaines sont super variés et les possibilités infinies. L’un qui influence l’autre, c’est une richesse. Moi je m’amuse, c’est avant tout ça qu’il faut faire, c’est se faire plaisir.

Régis : Est-ce que certains t’ont dit « ta photo est floue, c’est facile, c’est une photo ratée » ? Est-ce que tu as eu ce genre de réflexion au cours de ton exposition ou sur Facebook ?

Florence : Pendant les expositions ça arrive. Pas tellement, tant mieux. Raté, on ne me l’a pas encore dit. Peut-être que les gens n’osent pas. Par contre la photo floue, oui, forcément. Il y en a qui blaguent entre eux « tu as vu, celle-là elle est floue ». Ça je l’entends tout le temps effectivement. Mais c’est plus la remarque qui m’ennuie un petit peu. Après j’explique et tout se passe très bien.

C’est plutôt « vous avez fait ça avec Photoshop ». Je fais très peu de post-traitement, à part le passage en noir et blanc, un peu jouer sur les contrastes, un peu mettre du vignettage. Sinon les photographes le voient tout de suite que ça a été pris au moment de la prise de vue.

On se donne suffisamment de mal pour faire cet effet-là au moment de la prise de vue. Après j’explique, je prends le temps d’expliquer, ça ne pose pas de souci, au contraire les gens sont souvent très demandeurs et s’intéressent. Oui, les photos floues ça bouscule un petit peu les gens. Il y en a qui n’aiment pas, qui me le disent et je le comprends tout à fait. Il y en a qui veulent voir l’animal, là ils sont un peu perturbés mais ce n’est pas ce que je cherche à faire justement.

Les photos d’animaux nettes en Afrique, il y en a pléthore. Si c’est pour faire la même chose que ce qu’on a déjà vu plein de fois, non. Ça ne m’amuserait pas. J’en ai plein dans ma photothèque forcément parce que les premiers voyages en Afrique je n’étais pas super créative.

J’étais déjà tellement contente de voir tous ces animaux. Comme tu disais pour le judo, on est basique. On est déjà tout content d’avoir de belles photos dans un bel environnement. Maintenant je cherche vraiment à faire autre chose. Donc ça bouscule un peu mais tant mieux. C’est un peu le but. C’est un peu comme l’art contemporain, tout le monde n’aime pas. Moi, il y a plein de choses que je n’aime pas en art contemporain mais au moins ça fait réagir.

Régis : Exactement. C’est quelque chose que j’ai mis longtemps à comprendre par rapport à l’art contemporain ou même d’autres formes d’arts pour lesquels j’étais assez réfractaire. Mais finalement, un artiste par ses œuvres est censé questionner un petit peu la société et les gens qui vivent dans la société.

Les photos sont un moyen de parvenir aux mêmes choses. Avec tes photos, justement tu questionnes, tu fais réagir et c’est très bien. Est-ce que c’est plus difficile de réussir une photo floue qu’une photo nette ?

Florence : Une photo floue réussie, oui. Ça dépend après des conditions. Je ne peux pas faire une réponse parce qu’il y a des photos nettes très difficiles à réussir dans certaines conditions de lumière, la vitesse de l’animal, etc.

Régis : Je mettrai les photos dont on parle dans la page du blog, comme ça les gens pourront voir en même temps qu’on est en train de parler. Typiquement une photo du lion qui est floue, j’imagine que ça aurait été plus facile de faire une photo nette ?

Florence : Oui, nettement. J’ai le même lion. Après j’ai eu la chance qu’il prenne la pose. Dans l’expo il y a 2 photos du même animal, ce qui est quand même rarissime. Celui-là m’a particulièrement gâtée. Il était sous la pluie. Il n’était pas loin du véhicule. A la fin il a pris la pose.

Je l’ai aussi sous la pluie avec un effet brushing grâce à la pluie. On dirait une photo du Studio Harcourt. Celle-là était relativement facile à prendre. J’ai eu la chance qu’il soit au bon endroit au bon moment, donc je l’ai pris. Celle-là je n’ai pas eu trop de mal. Par contre l’effet de flou, effectivement j’ai mis beaucoup plus de temps.

Techniquement c’était plus compliqué. Heureusement il pleuvait et il n’y avait pas beaucoup de lumière, ça facilité le fait de faire des temps de pose un peu plus longs. Mais pour faire cet effet, on va dire fait au fusain, onirique, j’ai mis beaucoup plus de temps parce que c’était quelque chose que je visualisais dans ma tête mais techniquement c’était compliqué à faire. Oui, une photo floue réussie, c’est beaucoup plus compliqué pour moi.

Régis : Justement tu as touché un petit peu du doigt le problème. Si la vitesse d’obturation est trop rapide, ce sera trop net et finalement l’effet de filé sera raté. Si c’est trop lent, ce sera beaucoup trop flou, on aura du mal à savoir de quel animal il s’agit.

Comment tu estimes le temps nécessaire de pose pour obtenir dans ta tête, tu te dis « j’aimerais avoir un peu cet effet de fusain » ? Est-ce que dans ta tête tu te dis « je sais que c’est à peu près 1/5e de seconde, 1/10e de seconde » ? Comment tu estimes ce temps-là nécessaire ?

Florence : Ça c’est extrêmement variable en fonction des conditions. Je n’aime pas faire ma normande. Mais c’est vraiment compliqué. Je vais essayer d’expliquer. En ville comme c’est toujours un peu les mêmes conditions de lumière, mes taxis la nuit ou autre, à force j’avais l’habitude, j’avais des réglages en tête.

A part quelques petits réglages suivant la quantité de lumière qui arrivait des néons, des éclairages publics, etc., à peu de chose près j’arrivais à me régler, à savoir que ça devait être telle ou telle vitesse. Là c’est complètement différent parce que ça va dépendre des conditions lumineuses qui, elles, sont extrêmement variables, du sujet, de l’effet que je veux, plus ou moins flou, de dédoublement aussi comme le lion ou des filés avec des parties nettes comme les zèbres.

Ça dépend de ce que je veux obtenir à la fin, ça dépend de la focale qu’on utilise aussi parce que si les animaux sont plus loin, je ne vais pas gérer ça de la même façon que s’ils sont plus près. Donc c’est très compliqué. Des photos qui ont été prises en pleine lumière, je voulais absolument faire cette photo, ça faisait longtemps que je l’avais en tête et j’étais ravie d’avoir enfin des zèbres en groupe à un point d’eau, qui allaient boire, qui étaient très nerveux, qui repartaient.

Mais il devait être midi ou 14h, il y avait une lumière très dure. Ça ne va pas être géré de la même façon que comme quand j’avais ce lion, que là je ne voulais pas net, je voulais bien cet effet de dédoublement, d’effet rêverie. Mais il pleuvait, les conditions de lumière n’étaient pas les mêmes.

Là on revient à ce qu’on disait au tout début, on fait des premiers réglages en pensant que ça va être à peu près bon, en fonction de l’expérience. Mais sincèrement il faut regarder tout de suite derrière dans l’écran. Je regardais si c’était ce que je voulais ou pas, je refaisais des essais, je corrigeais un petit peu. Ça en argentique, ça n’aurait pas été possible, alors que le numérique m’a permis de le faire.

J’essaie, je corrige. Il faut être réactif, rapide, bien connaitre son matériel sinon on perd trop de temps et l’animal ne nous attend pas. Il y a les 2 qui jouent. Il y a l’expérience des filés en ville qui m’a un petit peu aidée, ne serait-ce que pour gérer la technique. Après, il faut adapter au cas de figure. Il n’y a pas de recette toute faite. Il faut avoir à peu près les bons réglages, après on affine grâce au boitier et la visualisation sur l’écran.

Régis : Donc c’est beaucoup d’essais-erreurs. Tu l’as dit, le numérique pour ça nous aide beaucoup. Mais c’est bien que tu expliques toute ta démarche parce que ça permet de se rendre compte de la complexité de parvenir à faire une photo qui, aux premiers abords on va se dire « oui, elle est floue, c’est facile une photo floue », mais finalement ça reste très difficile une photo floue qui soit artistique et qui soit intéressante à regarder. Des photos floues qui ne sont pas belles, on en a un paquet.

Florence : Pour les zèbres, juste pour donner un petit exemple, j’ai mis 45 minutes au point d’eau, ce n’est pas énorme par rapport à des photos de paysage, mais juste pour prendre une photo exactement comme je voulais, en tout on a mis entre 45 minutes et 1 heure, et j’ai eu ce que je voulais. Il fallait que j’attende qu’ils fassent leurs mouvements d’aller et retour déjà, mais j’ai fait plusieurs essais, c’était ou trop flou ou pas assez.

Régis : Mais c’est très difficile. Je sais que j’ai tenté de faire des photos floues d’oiseaux en vol qui faisaient des allers-retours régulièrement devant l’objectif, j’ai mis du temps à avoir l’effet que je souhaitais parce que c’était comme tu l’as dit, trop flou ou pas assez flou, on ne voyait pas grand-chose. Ce n’était pas génial.

Ça demande du temps, beaucoup d’essais-erreurs, et encore une fois c’est important d’avoir en tête ce qu’on veut faire.  Il ne suffit pas de se dire « allez, je tente un essai de filé ». Tu as parlé d’effet de fusain, ça peut être un objectif au sens de but à réaliser. C’est bien d’avoir en tête le rendu final qu’on veut faire, ça facilite beaucoup le travail.

Florence : Oui. Ça augmente énormément la satisfaction quand on y arrive. Ça peut arriver, il ne faut pas non plus se voiler la face, qu’on retrouve dans sa photothèque « celle-là je pensais l’avoir ratée, finalement ça fait pas mal ce que ça fait », ça arrive, tant mieux, heureusement il y a les fruits du hasard qui font bien les choses.

Mais ce n’est pas la même satisfaction ni la même démarche que quand on se dit « voilà ce que j’aimerais faire », on fait plein de tentatives, on y arrive et là c’est super. On a vraiment atteint le but.

Régis : Techniquement, tu suis avec ton objectif l’animal ou tu déclenches et tu restes en place, c’est le déplacement de l’animal qui va faire le rendu flou ? Comment tu opères vraiment de manière très concrète, très terre-à-terre avec ton appareil ?

Florence : Pour les photos dont on parle, parfois j’ai utilisé d’autres techniques aussi, ça se rapproche plus du filé. Si on veut parler du filé très concrètement, je ne sais pas si j’explique ?

Régis : Oui, bien sûr.

Florence : Les premiers filés que j’ai fait, c’était d’avoir une partie nette, je parle aussi bien des voitures ou des scooters au Vietnam que des animaux, une partie nette et le reste qui soit flou, surtout l’arrière-plan, pour que l’arrière-plan devienne quelque chose de graphique, suivant ce qu’on a à l’arrière-plan, des genres de stries ou autres.

Parce que ce qui fait l’effet de filé, on va baisser la vitesse pour avoir un effet de flou. Si on ne baisse pas assez la vitesse, tout va être trop net. Il faut trouver le bon dosage. Une fois qu’on a trouvé le bon dosage, ce qu’il faut faire c’est être très stable. Par contre il faut que le torse bouge effectivement en même temps que l’animal.

Il faut que l’extrémité de l’objectif se déplace à la même vitesse que l’animal, l’animal reste toujours dans le champ. Il faut vraiment avoir un mouvement de rotation du torse qui soit le plus linéaire possible, parce qu’il ne faut pas qu’il y ait des mouvements qui aillent vers le haut et le bas sinon ça ne donne plus rien. Si on veut une partie nette, c’est de se déplacer et de suivre son sujet.

Régis : C’est très difficile à faire, ça. Pour avoir une partie nette, par exemple l’œil et la tête, et le reste flou, les pattes qui bougent, le fond flou parce qu’on a bougé nous aussi

Florence : Il faut se mettre en mode rafale par contre, parce qu’on ne peut pas y arriver sur une fois. Il faut se mettre en mode rafale, bouger de manière la plus linéaire possible sur un plan horizontal, suivre avec son buste à la même vitesse. C’est ça qui est le plus difficile.

Une fois que j’avais plus ou moins réussi à gérer ce côté technique-là, après c’est de se dire « qu’est-ce qu’on peut faire d’autre de créatif avec les filés ? » et pas forcément avoir une partie nette justement. Avoir quasiment tout flou mais que ça reste quand même quelque chose de graphique.

Ce qui revient le plus chez moi, ce que j’aime le plus faire, c’est le graphisme dans les images. Pour les effets de lion, j’ai une photo de lui avec un filé plus classique entre guillemets, mais que j’aime beaucoup aussi,  avec son œil net. Je l’avais dans le boitier. Je me suis dit « maintenant je veux autre chose qui ne s’est pas déjà vu et qui ne s’est pas déjà fait ».

J’ai eu envie d’un effet de rêverie avec ce lion qui se dédoublerait ou autre. C’est comme ça qu’après j’ai essayé de bouger, mais là moins vite que lui, j’ai bougé plus lentement. C’est ce qui a dû faire cet effet de double impression.

Régis : Bien sûr. Tu avais déjà beaucoup de photos dans ta photothèque sur l’Afrique, des photos nettes et classiques. Tu t’étais déjà contentée de ça. Donc tu as pu tenter des choses et aller plus loin dans la création.

Mais j’inviterai les auditeurs qui veulent s’essayer à ce genre de technique de ne pas le faire quand ils ont l’animal qu’ils attendent depuis des jours et des jours dans le viseur, de s’entrainer d’abord sur des sujets qui sont beaucoup plus communs, par exemple un animal domestique, son chien ou son chat, des vaches.

Moi je me suis beaucoup entrainer sur les vaches charolaises autour de chez moi parce qu’elles sont un peu farouches mais pas beaucoup, on peut vraiment s’entrainer avec elles, ce n’est pas très dérangeant pour l’animal. Donc déjà s’entrainer presque à vide et après pouvoir réellement faire le travail sur les animaux sur lesquels on veut vraiment travailler.

Florence : Bien sûr. J’en reviens tout le temps là-dessus, mais je crois que c’est important parce qu’on en a tous près de chez soi, on se met au bord d’une route dans un endroit où on est bien en sécurité et on fait des filés sur les voitures, parce que ça c’est quelque chose qui va se répéter tout le temps.

L’avantage du numérique, c’est qu’on peut remplir la carte mémoire sans que ça ne nous coute rien, juste le prix de la carte mémoire au départ, contrairement à l’argentique. Suivre un véhicule et avoir déjà une partie nette du véhicule, ça peut être intéressant si on fait ça à plusieurs moments de la journée suivant la lumière. C’est un bon entrainement.

Régis : En Afrique, la lumière est souvent très forte, surtout en pleine journée, j’imagine. Je n’y suis jamais allé. J’imagine la scène comme ça. Pour avoir des temps de pose lents, tu y arrives quand même ? Parce qu’en fermant presque complètement le diaphragme, est-ce que tu parviens  quand même à avoir une vitesse d’obturation suffisamment lente ?

Florence : Oui, je l’ai fait quand même. On l’a évoqué avec les zèbres par exemple. Comme je le disais, cette photo je la voulais absolument mais malheureusement c’était en pleine lumière, en mi-journée mais je la voulais quand même absolument. Je savais que cette scène-là n’allait pas forcément se répéter.

On ne peut pas se dire non plus « j’attendrai que les zèbres se regroupent au point d’eau le soir ». Donc je l’ai fait quand même mais j’ai fermé effectivement énormément.

De mémoire je devais être à f/38-45, très fermé. Mais à la limite ce n’est pas grave puisque ce qui va être embêtant dans le fait de fermer énormément, c’est qu’on va perdre, en été on va avoir un peu de diffraction mais ce n’est pas grave parce qu’on ne cherche pas du piqué dans l’image, on cherche du graphisme et de toute façon on va avoir un effet de mouvement.

Donc il ne faut pas se mettre cette barrière-là. Si on sent qu’on a un bon sujet, même si c’est la lumière en plein cagnard entre guillemets, tant pis, la preuve ça a quand même bien marché. Mais c’est sûr que ce n’est pas les conditions optimales. Le mieux c’est quand il y a moins de lumière, comme avec mon lion. Il faisait très couvert, il pleuvait, j’étais obligée de moins fermer le diaphragme.

Il y a certaines fois je n’en ai vraiment pas pris. Pour les zèbres par exemple, l’arrière-plan c’est aussi des herbes, ça permet de ne pas avoir de surexposition. C’est sûr que si on a un arrière-plan de ciel qui est complètement dégagé, ce n’est pas possible. Après, il faut que ça s’y prête aussi. On va dire que c’est un facteur limitant mais pas rédhibitoire.

Régis : D’accord. Tu t’en rends vite compte si ce n’est pas possible, tu ne vas pas continuer. Kyriacos Kaziras qui est aussi très connu pour ses photos de faune africaine mais lui m’expliquait que par rapport au noir et blanc qu’il fait aussi pas mal, que quand il prenait une photo il se l’imaginait déjà en noir et blanc.

Est-ce que toi tu as la même démarche dans ta tête sur les photos floues ? Tu as déjà un petit peu répondu par rapport à l’aspect onirique que tu voulais faire une fois. Mais est-ce que déjà tu t’imagines dans le viseur ça va être comme ça ? Est-ce que tu réfléchis en mode flou ?

Florence : Pour les quelques-unes, oui, parce que je n’en prends pas tant que ça finalement. C’est quelque chose vers lequel je tends.

Je pense qu’après il ne faut pas faire que ça non plus sinon ça lasse. Mais les fois où j’ai voulu faire ces fameux filés, le filé ça ne se fait pas par hasard, autant j’ai pu faire quelques photos de nuit où je suis de toute façon limitée par la vitesse, il fait presque nuit à part un point d’eau éclairé ou autre où je fais des essais et je vois un petit peu ce que ça donne.

Mais pour les photos dont on parle, les filés de zèbres, les effets de gnous aussi comme une peinture rupestre, tout ça c’est voulu, c’est de la recherche. Il n’y a pas que des filés, j’ai fait un petit mouvement de virgule pour les gnous, là c’est vraiment une démarche volontaire, c’est ce qui me plait  parce que je suis déjà créative au moment de la prise de vue.

Quand on arrive à faire ce qu’on veut, c’est fantastique. D’autres fois ça peut arriver aussi, il ne faut pas se voiler la face, qu’on fait des essais parce qu’on est limité par la lumière et après on se dit « finalement ça a fonctionné ». Ça peut être parfois des découvertes fortuites. Mais pour les 3 photos dont on parle, c’était quelque chose de recherché et de voulu.

Régis : Il ne faudrait surtout pas, Florence, limiter et réduire ton travail à ces quelques photos floues qui m’ont marqué, qui en ont sans doute marqué d’autres, mais tu fais aussi d’autres photos, notamment des photos en noir et blanc. J’ai noté les mots qui me venaient à l’esprit : avec une belle recherche esthétique. Le jury du Festival ne s’y est pas trompé parce que tu as eu, je crois, 3 photos qui ont été retenues ?

Florence : Oui, au concours du Festival de l’oiseau.

Régis : Comment tu as accueilli la nouvelle ? Est-ce que c’est une récompense même si ce n’est pas ton métier ? Est-ce que ça fait du bien à l’ego ? Comment, en tant que photographe, tu as réagi à cette annonce-là ?

Florence : L’ego je ne sais pas, j’espère ne pas trop en avoir. Par contre je suis comme une gamine, je suis vite euphorique, je suis quelqu’un qui s’exprime beaucoup. Donc ça a dû se voir sur Facebook pour ceux qui me suivent. J’étais comme une gamine devant mes photos primées.

Quand j’ai eu les résultats, j’avais du mal à y croire. J’étais mélangée entre l’euphorie, c’est tout juste si je ne sautais pas partout dans la maison, et la crédulité aussi parce qu’après quand je suis allée voir les autres photos sélectionnées, j’ai toujours du mal à croire que de temps en temps je peux faire partie un petit peu de ce monde-là qui me fait rêver.

Il y a tellement de noms de photographes que j’admire, que je connais déjà depuis un certain temps, et qui, là, faisaient partie des autres qui étaient lauréats aussi, sélectionnés. Je me pince toujours pour y croire. Mais j’étais vraiment ravie. C’est un bel encouragement en tout cas. J’étais heureuse comme une gamine.

Régis : C’est une belle reconnaissance.

Florence : Ça m’encourage dans cette voie, surtout que les photos qui ont été choisies, il y en a 2 notamment où j’essaye d’être créative. Quand ça c’est récompensé, ça m’encourage à continuer dans cette voie. C’est surtout une super satisfaction et de beaux encouragements. Ça fait vraiment un grand plaisir.

Régis : J’imagine ton état d’esprit à ce moment-là. Quel est ton prochain voyage, Florence ?

Florence : Là on retourne au mois d’aout parce que l’Afrique nous manque. Ça ne fait pas si longtemps que ça qu’on n’y est pas allé. Je ramène ma petite famille en Tanzanie. La Tanzanie nous avait beaucoup plu. On avait exploré les zones protégées les plus connues au nord, le Serengeti, le Ngorongoro.

Là on va explorer cette fois-ci les parcs du sud. On va aller voir le parc du Ruaha et le Sélous. On part 3 semaines en itinérant, toujours pareil, en famille, en autonomie, en louant un 4×4 tout équipé pour le camping. On va faire de l’itinérant et découvrir une autre partie de la Tanzanie. J’ai hâte d’y être.

Régis : Je suis certain qu’il y aura de très belles photos à la clé. Tu prévois un petit peu les photos que tu vas faire ? Tu vas voir sur Google Maps pour voir ce qui est possible, tu lis des guides, tu te renseignes sur d’autres photographes qui ont déjà fait ce type de voyage-là dans ces régions-là ? Comment tu te prépares photographiquement à ce voyage ?

Florence : Question intéressante parce que ça va être une des premières fois que je vais y aller en ayant préparé un petit peu et en ayant des idées en tête, en sachant que si ça se trouve je vais en avoir d’autres et tant mieux, parce que ça ne se présentera pas du tout comme prévu et c’est très bien. Mais pas du tout par rapport aux exemples que tu as donnés.

Ce n’est pas tellement par rapport à d’autres photographes ou la typographie du terrain, ça n’a rien à voir. C’est plus par rapport aux directions que j’aimerais donner dans ce que j’aime faire. On va partir dans la créativité, le graphisme, etc. J’ai plusieurs idées, des pistes que j’ai déjà explorées mais que j’aimerais bien explorer d’autres façons avec d’autres animaux dans d’autres contexte, et d’autres pistes que j’ai en tête maintenant, que j’aimerais bien faire et qui ne sont pas encore faites.

Pour une fois, j’ai quelques idées générales, sans savoir quand et comment je vais les appliquer. Encore une fois le flou, mais il n’y a pas que ça, il y en a d’autres. Mais je ne vais pas tout dévoiler, c’est top secret. Vous verrez ça, j’espère, au retour. Mais j’aimerais bien continuer à m’éclater, à être créative et à faire du graphisme sous différentes formes avec la faune africaine.

Régis : Est-ce que tu as un petit dernier conseil pour la route ?

Florence : Je reviens un peu sur un des maitres-mots qui est revenu tout le temps, c’est ce qui va rester en filigrane, avant tout se faire plaisir. Je pense que c’est ça la meilleure des motivations.

Avant de réfléchir, avant de parler du côté technique, parce que malheureusement il y en a beaucoup qui sont obnubilés par le côté technique, surtout des photographes qui accompagnent des gens qui partent en voyage avec eux, donc des photographes professionnels qui encadrent des voyages en Afrique ou ailleurs, qui disent « malheureusement il y en a plein c’est avant tout la technique, le boitier, comment il faut faire ».

Je pense que tout ça c’est annexe. C’est avant tout se faire plaisir, c’est déjà de profiter de ce qu’on est en train de vivre parce que c’est quand même des moments fantastiques, que ce soit la faune africaine ou ailleurs, n’importe où. Si on a envie de découvrir un endroit, c’est surtout de se dire « quelle chance j’ai », et de profiter pleinement de ce qu’on est en train de vivre. Si on peut en plus se faire plaisir dans sa passion, en l’occurrence la photographie, et prendre de belles images, il faut qu’on ressente du plaisir au moment où on déclenche.

C’est sûr que la qualité technique va ouvrir le champ des possibles. Plus on va bien gérer la technique, plus on va être à l’aise avec son matériel, plus on pourra faire de choses différentes. Mais je pense que ça doit passer dans un second plan. C’est avant tout le plaisir et c’est comme ça qu’on en donnera aussi. C’est en prenant plaisir soi-même en prenant des images qu’on en donne à ceux qui les regarderont. C’est cette émotion-là qui doit transparaitre.

Régis : Pour aller dans ce sens, ce qui est super important, c’est quand on prend du plaisir à être sur place, dans l’environnement dans lequel on se sent bien, c’est que si on rate une photo, si on rate une opportunité parce qu’on n’était pas prêt, parce qu’on n’a pas fait ce qu’il fallait, finalement on relativise très vite et on se dit que ce n’est pas très grave, qu’on a vécu quand même un bon moment.

Moi je me souviendrai toujours d’avoir vu un martin-pêcheur qui s’était posé à 2 mètres de moi. Je n’ai pas pu bouger, je n’ai pas su bouger. Sur le coup je me disais « putain, je rate une belle photo ». Finalement j’ai vécu peut-être 3 minutes de pur bonheur. C’est peut-être aussi comme ça qu’il faut voir les choses. D’abord être dans le milieu naturel. S’il y a de belles choses qui se présentent, tant mieux. Si on fait de belles photos, tant mieux. Et si on n’en fait pas, ce n’est pas très grave.

Florence : On est bien d’accord. J’ai raté beaucoup plus de photos que j’en ai réussies. Mais grâce à ça justement. Parce que j’ai vécu le moment plutôt que prendre la photo. Après on relativise effectivement, je suis d’accord.

Régis : Merci beaucoup Florence pour ce bon moment passé en ta compagnie.

Florence : Merci beaucoup à toi de m’avoir donné cette opportunité. Ça m’a fait très plaisir.