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L’invité

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Pour ce 35 ème épisode j’ai le plaisir d’accueillir Marc Pihet, photographe spécialisé en macro.

Je l’ai découvert alors qu’il exposait au festival de Montier-en-der et ses photos d’araignées sauteuses m’ont vraiment plues. Avant d’exposer dans ce prestigieux festival, Marc a fait la une de Nat’Images et nombreuses sont ses photos à avoir été primées lors de concours. Il fait également partie du collectif photo international Meet your Neighbours.

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Au sommaire de ce 35ème épisode de « Interview de Photographes Nature »

Voici ce que vous apprendrez dans ce podcast avec le photographe Marc Pihet :

  • Une courte biographie de Marc
  • L’origine de sa passion pour la photo macro
  • La raréfaction des petites bêtes dans la nature
  • La différence entre insectes et araignées
  • Ce qu’est le projet Meet Your Neighbours
  • Son avis sur le numérique en photographie : avantages et inconvénients
  • Son exposition au festival de Montier-en-Der
  • Les araignées sauteuses : salticides ou saltiques
  • La phobie des araignées
  • La technique photo du studio portable de terrain
  • Quels flashs sont utilisés pour ce studio
  • Son avis sur le déplacement d’insectes en macro
  • La marque qu’utilise Marc Pihet
  • Quel objectif photo il utilise le plus

Repères cités dans cet épisode

Vous avez aimé ?

Un grand merci à Marc Pihet pour sa disponibilité, son partage de ses connaissances et de son expérience. Remerciez-le vous aussi sur Twitter en 1 clic en cliquant ici.

Si vous me donniez un coup de pouce pour faire connaître l’émission ? Il suffit de laisser un commentaire sur iTunes.

Grâce à ça, votre podcast préféré 😉 sera plus visible et pourra être plus facilement trouvé iTunes. Pour ça c’est très simple :

Toutes les photos ci-dessous sont de Marc Pihet

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Transcription de l’interview

Régis Moscardini : Bonjour Marc.

Marc Pihet : Bonjour Régis.

Régis : Est-ce que tu peux te présenter, comme à chaque fois de toute façon je pose la même question ? Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Marc : Oui. Je suis né maintenant il y a un peu plus de 40 ans dans le Nord. Maintenant je suis installé dans l’Ouest, en Anjou. Ça fait 12 ans que j’ai atterri ici en Anjou. J’habite tout près d’Angers. Je pratique la photographie en tant qu’amateur. Ce n’est pas quelque chose qui me fait vivre. Mon vrai métier, c’est médecin biologiste, je suis spécialisé en parasitologie et mycologie. L’essentiel de mon temps libre, je le consacre à la photographie de nature, macrophotographie et un tout petit d’animalier quand j’en ai le temps.

Régis : D’accord. C’est bien complet. C’est le travail qui t’a amené à faire un bout de chemin en Anjou ?

Marc : Oui, tout à fait. C’est une opportunité de travail qui a fait que je suis parti au sud, je suis parti au Sud de la Loire. Pour nous c’est un peu exotique.

Régis : Ah oui, le Sud de la Loire, effectivement. Quand on voit les bulletins météo, il y a au Nord de la Loire et au Sud de la Loire.

Marc : Tous les jours, je traverse la Loire pour aller travailler, c’est assez agréable.

Régis : D’accord. On va pas mal parler de macro aujourd’hui puisque c’est quand même ta spécialité. Mais avant ça, on va revenir un peu sur ton parcours, parcours de photographe. Qu’est-ce qui t’a amené à te passionner pour les insectes quand la majorité des passionnés de nature, la plupart du temps, vont plutôt vers les oiseaux ou les mammifères ? Qu’est-ce qui fait que toi tu es allé vers les petites bêtes ?

Marc : Les insectes, et les petites bêtes en général, c’est quelque chose qui m’a toujours plu. Quand j’étais enfant, j’aimais beaucoup chercher les insectes dans le jardin. Quand j’avais une dizaine d’années, je collectionnais pas mal les insectes. Après ça s’est un peu tassé.

C’est d’une part cette passion depuis l’enfance pour les petites bêtes, les sciences naturelles. Après quand je me suis mis à faire de la photo, c’est vrai que les sujets qu’on trouve le plus facilement, c’est quand même les insectes et les arthropodes qu’on va trouver dans son jardin.

On n’a pas besoin de faire beaucoup de route, pas besoin de faire de grands voyages pour trouver des choses intéressantes. C’est pour ça que je consacre l’essentiel de mon temps à faire de la photo d’insectes ou d’autres arthropodes.

Régis : Est-ce que tu peux nous rappeler la différence entre les petites bêtes, les insectes, les araignées, même si ça peut être très évident pour certains et beaucoup moins pour d’autres ?

Marc : C’est vrai qu’on a tendance à confondre insectes et araignées. L’ensemble de ces petites bêtes, ce que j’appelle les petites bêtes, ça va être les arthropodes, des invertébrés à segment articulé. D’un côté tu vas avoir les insectes qui ont 6 paires de pattes, des mandibules et de l’autre côté on va avoir les arachnides avec 8 paires de pattes et des chélicères, pour faire très simple.

Autour de ça, il y a tout un tas d’autres invertébrés avec des classifications pas toujours très simples : des crustacés, on a des collemboles, des vers, etc. Après c’est très complexe.

Régis : C’est vrai que de parler de petites bêtes, ça ne fait pas très scientifique. Mais je trouve que c’est pratique pour parler de ces petites choses qui nous entourent. Mais dans ce grand sac de petites bêtes, on met les insectes, on met les arachnides, on met les escargots peut-être, on met les vers de terre.

Donc ça fait un grand sac de petites bêtes mais c’est assez pratique et ça dit bien ce que c’est. Donc tu es passionné de sciences naturelles. Tu assouvis cette passion avec la photo. Mais est-ce que tu vis cette passion par d’autres moyens, la peinture par exemple ou d’autres choses ?

Marc : Non. Je suis extrêmement mauvais en peinture, dessin. Je n’ai jamais été capable de faire quelque chose de correct. Je n’ai jamais été à l’aise avec ce genre d’art. Par contre en photographie c’est là que j’ai trouvé des choses qui me plaisaient et je peux vraiment m’épanouir par le biais de la photographie. C’est vraiment le seul art entre guillemets où j’ai pu vraiment m’exprimer.

Régis : C’est vrai que ça ne fait pas une dizaine d’années que tu arpentes les prairies mais je pense que tu as quand même assez de recul pour sentir une possible évolution. Est-ce que tu trouves que le nombre de petites bêtes diminue ? Juste un exemple : on est assez à constater que le nombre de moucherons écrasés sur les pare-brises après un long voyage en voiture est bien plus faible qu’avant. Est-ce que toi tu le constates aussi dans ta pratique de la photographie, de la macrophotographie ?

Marc : C’est difficile à dire. Comme tu le dis, je n’ai pas un recul énorme non plus. Ça ne fait qu’une dizaine d’années que je fais vraiment sérieusement de la macro photo. Mais la sensation générale que j’ai, c’est quand même une tendance à la diminution du nombre de spécimens qu’on peut trouver, notamment des papillons.

Là, ça fait quelques années que j’ai beaucoup de mal à trouver des papillons. Après, il y a tout un tas d’insectes qu’on pouvait voir il y a 20 ou 30 ans comme des hannetons, des doryphores, qu’on a beaucoup de mal à trouver maintenant dans les jardins.

Régis : Donc il y a la diversité qui diminue et il y a également le nombre. C’est vrai que comme c’est assez lent comme phénomène, effectivement on ne s’en rend peut-être pas compte et on n’y prête pas attention mais c’est vrai que ça peut poser problème. Ça ne pose pas problème pour le photographe, tant pis pour lui s’il ne peut pas se faire plaisir. Mais ça pose problème pour la biodiversité.

Marc : Oui, tout à fait. C’est vrai qu’en termes de biodiversité quand on parle biodiversité pour le grand public, on parle des ours polaires, on parle des grands mammifères emblématiques mais c’est quand même toute la faune et la flore qu’on peut trouver à proximité de chez nous et qui a un rôle vraiment essentiel dans les chaines alimentaires et dans la vie en général.

Régis : Tu fais partie du collectif Meet Your Neightbours qui veut dire ?

Marc : Rencontre tes voisins.

Régis : Quel est le but, l’objectif de ce collectif-là qui est un collectif international ?

Marc : C’est un collectif que j’ai eu la chance de rejoindre en 2014. C’est un collectif qui a été créé maintenant depuis quelques années, ça a été créé en 2009 à l’initiative de 2 photographes, Niall Benvie qui est écossais et Clay Bolt qui est américain. L’idée de ces 2 photographes c’était d’essayer de faire un inventaire de la biodiversité par différents photographes, chacun dans son pays.

Plutôt que d’envoyer des photographes  en expédition à l’autre bout du monde, c’était que chaque photographe dans son pays fasse un peu un inventaire  de la biodiversité qu’il trouvait à proximité. Le principe c’était également d’essayer d’avoir toujours le même protocole de prise de vue. On a quelque chose d’assez uniforme.

L’idée c’était également de s’affranchir un peu du biotope de l’environnement pour se concentrer sur l’insecte ou sur la plante, pour mettre en valeur tous les détails, toutes les petites choses qu’on n’a pas l’habitude de voir à l’œil nu.

Régis : Où est-ce qu’on peut voir le résultat de ces travaux ? J’imagine qu’il y a un site Internet mais est-ce qu’il y a des expositions, est-ce qu’il y a une publication ? Comment ça fonctionne pour voir tout ça ?

Marc : Il y a le site Meet Your Neighbours où ils expliquent un peu les tenants et les aboutissants de ce collectif. Après, il y a pas mal de photos qui sont régulièrement publiées sur la page Facebook du collectif. Après, au niveau exposition, c’est vrai qu’en France on n’est pas très nombreux, il y a Denis Palanque

Régis : Il y a Stéphane Hette aussi.

Marc : Stéphane Hette qui à ses débuts avait participé. C’est vrai qu’il n’y a pas un nombre très important d’expositions. Moi je vais me lancer dans ma prochaine exposition au mois de février à Festimages où je vais présenter une série d’images réalisées selon ce protocole Meet Your Neighbours.

Sinon sur Internet sur les sites des différents photographes de Meet Your Neighbours on peut trouver des photographies, même des vidéos ou des tutoriels pour ceux qui veulent s’y mettre.

Régis : C’est vrai que c’est intéressant tout ça. Ce sont des actions qui permettent de mettre en valeur, même si on ne le sent pas au quotidien, on ne fait pas forcément des photos tous les jours, mais ce sont des actions parmi d’autres qui permettent de prendre conscience que ce qui est tout proche de chez nous a autant d’importance que l’ours polaire.

C’est peut-être moins problématique mais ça a autant d’importance. Comme pas mal d’entre nous, Marc, c’est quand même le numérique qui t’a lancé, qui nous a lancés aussi dans la photo. Est-ce que tu penses que si on était resté dans l’argentique, s’il n’y avait pas eu cette évolution technologique, tu aurais quand même suivi le même chemin ? Est-ce que tu te serais autant passionné pour la photographie que tu le fais maintenant ?

Marc : Honnêtement, je ne pense pas, non. Je pense que c’est vraiment l’avènement du numérique qui nous a permis d’apprendre, en apprenant rapidement de nos erreurs. En disposant tout de suite du résultat des photographies, ça nous permet de voir notamment via les données exif là où on s’était trompé dans les réglages, etc.

On a les photos immédiatement, on n’a pas peur d’essayer différents réglages, d’essayer d’innover un petit peu. On s’exerce aussi parce que la photographie il y a un peu de technique, en la photographie nature il y a évidemment toutes les connaissances naturalistes à acquérir, le repérage, etc.

Après, il y a la pratique. C’est comme dans tout domaine professionnel ou artistique, il y a la pratique. Il faut faire des photos régulièrement, il faut s’exercer. En ça, le numérique, ça permet vraiment de pratiquer régulièrement sans avoir peur du cout que pouvait représenter le développement des pellicules autrefois.

Régis : On dit souvent que l’argentique permettait de prendre plus le temps, de réfléchir un peu plus, de prendre le temps de faire la photographie, ce qui est particulièrement vrai en macro ou pour la photo de paysage par exemple. Est-ce que tu crois malgré tout que le numérique a tendance à accélérer le comportement photographique des photographes.

Marc : Oui, ça c’est un biais qu’on peut avoir. On peut se laisser un peu aller à la rafale rapide. Mais malgré tout il y a toujours quand même une part de réflexion, savoir prendre son temps, notamment dans le paysage en termes de la composition. Ce n’est pas parce qu’on peut faire 15.000 fois une photo qui est mal composée qu’elle va s’améliorer.

Il faut savoir prendre son temps, réfléchir à sa composition, à son cadrage avant d’appuyer sur le bouton. C’est vrai que des fois il vaut mieux attendre 5 minutes, reprendre son appareil et se concentrer que de s’efforcer de refaire 10 fois la même prise de vue.

Régis : Tu as tout dernièrement, Marc, exposé à Montier-en-Der, en novembre 2015. Comment tu as vécu ces 4 jours. Ça fait un peu plus de 3 mois maintenant. Comment tu as vécu ces 4 jours-là ?

Marc : C’était vraiment 4 jours fantastiques pour moi. C’est vrai que Montier-en-Der, quand on commence la photo nature, c’est un peu le lieu mythique, c’est un peu le graal de tout photographe. C’est avec un immense plaisir que j’ai appris que j’avais été sélectionné pour pouvoir exposer. J’ai toujours du mal à le croire d’ailleurs.

Outre l’aspect un peu mythique de ce festival, c’est surtout la rencontre avec les photographes, la rencontre avec un public passionné. C’est vrai que j’ai vraiment passé 4 jours à vivre à fond, à parler à fond de ma passion. C’est quand même un public de gens assez avertis en règle générale à Montier.

Ce n’est pas le premier festival que je faisais. Mais là particulièrement à Montier on a un public de connaisseurs, de gens qui connaissent à la fois les animaux, la nature mais aussi la photographie. C’était un immense plaisir d’échanger avec ces gens, aussi bien avec le public que les autres photographes qui exposaient.

Régis : C’est une exposition sur les araignées. Quel type d’araignée en particulier, Marc ?

Marc : C’est des araignées assez sympathiques, des araignées de la famille des Salticides, qu’on appelle plus communément des saltiques, des petites araignées sauteuses qui ont une bouille assez sympathique tout de même.

Régis : Est-ce qu’elles tissent une toile celles-ci ?

Marc : Non. Ce sont des araignées assez particulières. Ce sont des chasseuses. Elles font de la soie comme toutes les araignées. Elles font de la soie soit pour la reproduction, le cocon, ou soit elles sautent et quand elles sautent, elles ont toujours un morceau de soie qui les relie à leur support soit pour se retenir soit pour s’équilibrer.

Ce sont des chasseuses, elles chassent à l’affût, elles sont en général dans les maisons près des fenêtres, ou dans le milieu naturel elles peuvent se trouver dans les murets, dans les mousses, etc. Elles sont à l’affût et quand elles voient une proie, elles sautent dessus pour l’attraper.

Régis : J’avais lu ou entendu que leur système pour justement sauter est assez particulier.

Marc : C’est un peu comme un système de vérin hydraulique. Il y a un système de pression très importante qui fait qu’elles peuvent sauter brutalement, avec une grande puissance.

Régis : On va peut-être dépasser le cadre de la photo. On va aller dans des considérations un peu philosophiques mais je trouve que l’évolution donne lieu à des trouvailles absolument incroyables. Une petite bête de quelques millimètres de long qui a pu développer un tel système de développement moteur, c’est absolument incroyable.

Marc : C’est vrai que ce sont des araignées très admirables. Outre leur système de saut, ce qui les caractérise surtout c’est leur vision qui est hyper développée. Elles ont la vision la plus développée de tout le monde des araignées, peut-être même de tous les arthropodes.

Elles ont 8 yeux, il y a 4 yeux frontaux et après elles ont 2 paires d’yeux de chaque côté. Donc elles ont à la fois un système de vision périphérique comme si elles avaient un grand angle et 2 téléobjectifs à l’avant qui leur permettent de fixer les proies avec une grande acuité. C’est vraiment ce qui les caractérise le plus, je pense.

C’est ce qui pour moi les rende un peu aussi sympathiques auprès des photographes. Avec leurs séries d’yeux, on a toujours l’impression qu’elles nous regardent quand on les prend en photo.

Régis : Il faudrait que le grand public, en tout cas le plus de monde possible, puisse avoir conscience de ça, qu’à chaque fois qu’on voit une araignée et qu’on n’a pas envie parce qu’on en a peur, parce qu’on n’a pas envie de la voir, de la chasser ou pire de l’écraser, il faut se dire qu’à chaque fois on écrase quelque chose qui est absolument extraordinaire.

Est-ce que tu crois que tu as pu pendant ces 4 jours-là avec ton discours, avec tes photos, réussir à rendre un peu plus sympathique ces animaux qui n’ont vraiment pas bonne presse ?

Marc : Une exposition sur les araignées, ce n’est pas quelque chose de très vendeur sur le papier. Des animaux comme des coccinelles ou des libellules, elles ont un capital sympathie extrêmement important auprès du grand public bien que ce soit également de grands prédateurs dans le règne animal.

Il y a quand même pas mal de gens qui étaient séduits par ces petites araignées, qui m’on dit, vous avez réussi à nous les rendre un peu plus sympathiques. Même des personnes qui me disaient, j’aurai moins peur des araignées maintenant et j’essaierai de ne plus les écraser à l’avenir. J’ai été très satisfait de cette exposition dans ce sens-là.

Ça permettait de sensibiliser un peu le public. Les arachnophobes purs et durs, là non, une vraie phobie ça peut difficilement se contrôler. Il y a des gens qui passaient devant en me disant, excusez-moi, ce n’est pas vos photos mais je ne peux pas. Donc ces personnes-là on ne peut pas les convaincre. Mais les gens qui ont un petit peur, on arrivait à les faire s’approcher. Au bout de 10 minutes, finalement ils avaient moins peur.

Régis : Comment tu expliques cette phobie des araignées ? Est-ce qu’il y a une explication scientifique rationnelle à ça ?

Marc : Je ne saurais pas t’expliquer pourquoi. Je n’ai pas fait d’études là-dessus. Mais d’un point de vue scientifique, c’est complètement irrationnel cette phobie. On compte, si je me souviens bien, un peu plus de 40.000 espèces d’araignées dans le monde. Il y en a à peu près une centaine qui peut provoquer des réactions chez l’homme. Mais sur toute la planète il y aurait moins de 10 espèces qui seraient vraiment dangereuses. Ce n’est pas vraiment rationnel.

Régis : J’avais lu un petit bouquin qui est génial, c’était « 300 questions-réponses sur les petites bêtes », notamment il y avait des petites questions toutes simples avec des réponses aussi toutes simples sur les araignées.

J’avais appris quelque chose, je n’avais pas une phobie mais comme beaucoup de gens tu n’aimes pas trop, tu as des petits frissons quand tu les vois un peu trop proche, tu les fais partir si tu peux, au pire tu les écrases, j’avais appris dans ce petit bouquin-là que les araignées ne vont jamais s’amuser à mordre une proie qui serait plus grosse qu’elles, parce qu’en gros elles ne mordent que ceux qu’elles pensent elles vont pouvoir manger.

Donc si c’est plus gros, elles ne s’y intéressent pas, elles ne vont pas le mordre. C’est vrai que depuis ce jour-là je me dis que c’est complètement stupide d’avoir des réactions tellement disproportionnées par rapport à ces petites bêtes-là. Les fameuses araignées des maisons de campagne

Marc : Les tégénaires ?

Régis : Les tégénaires qu’on voit souvent dans les fonds de baignoire, celles-ci elles sont impressionnantes mais elles sont très efficaces dans les maisons contre les petites bêtes qui vont, elles, nous embêter comme les moustiques par exemple. Il faut vraiment laisser tranquille ces araignées, c’est très important.

Tu aimes explorer pas mal de domaines en photo, donc on n’aura pas le temps de tout voir ensemble. Je voudrais qu’on parle un peu plus particulièrement du studio de terrain. Quel est le principe de ça, du studio de terrain ?

Marc : Le studio de terrain, on rejoint ce dont je parlais tout à l’heure le collectif Meet Your Neighbours, c’est quelque chose que j’ai développé en regardant un peu ce que le collectif faisait. En fait l’idée est partie simplement d’une orchidée qui poussait dans mon jardin, une Ophrys abeille qui a poussé en juin il y a 2 ans maintenant dans mon jardin. Je cherchais un moyen de la mettre en valeur.

J’ai sorti le 100 mm, le 300 mm. J’ai essayé de faire des photos qui la valorisent un petit peu mais malheureusement j’habite dans un jardin en lotissement, les haies ce n’est pas toujours terrible. Donc je n’avais pas de fond très intéressant pour mettre en valeur cette orchidée. Je me suis dit, je vais essayer de faire carrément du studio, je vais sortir des fonds, des flashes et je vais m’amuser un petit peu. Donc j’ai bidouillé un peu et ce que j’obtenais n’était pas génial, il faut le dire.

J’ai eu l’idée de ressortir un vieux magazine, un vieux Nat’Images dans lequel je me souvenais avoir vu un reportage sur des gens qui prenaient des photos d’animaux ou de fleurs sur fond blanc. Justement ça parlait du collectif Meet Your Neighbours. J’ai relu un peu cet article. Le principe c’était d’utiliser une plaque de plexiglas opaque, de l’altuglas que tu utilises par derrière pour faire un fond blanc.

A partir de là je suis allé au magasin de bricolage acheter un plexiglas, j’ai commencé à installer les flashes et j’ai amélioré un peu la technique jusqu’à trouver l’éclairage qui convenait. Donc le principe de ce studio de terrain c’est de réaliser la photo sur le lieu où on va trouver la fleur, où on va trouver l’insecte ou l’amphibien par exemple.

Régis : Ça veut dire que tu vas essayer de recréer le principe du studio, à savoir maitriser l’éclairage, c’est ça le truc ?

Marc : Tout à fait. On apporte l’éclairage sur place. Ce n’est pas on prend l’insecte et on l’amène dans le studio dans notre maison. C’est on amène l’éclairage sur place à l’endroit où on l’a trouvé.

Régis : Tu l’as dit, il y a la plaque de plexi opaque qui fait office de fond. Tu parlais des flashes. Quel type de flashes il faut ? Est-ce que c’est couteux ? Est-ce que tu peux nous détailler un petit peu le matériel pour l’éclairage, s’il te plait ?

Marc : L’idéal ce serait d’utiliser des flashes de studio. Mais vu la taille des bêtes en général qui sont photographiées, des flashes Cobra avec des diffuseurs suffisent la plupart du temps.

Régis : C’est 2 ou 3 flashes Cobra déportés ?

Marc : Minimum 2 flashes. Après ça dépend de la taille du sujet. Pour des grands sujets, c’est vrai que 3 c’est peut-être un peu mieux. Ce qui est surtout important c’est d’avoir des bons diffuseurs, notamment des boites à lumière d’assez grande taille quand même. J’ai 2 petites boites à lumière que j’utilise, une de 25 centimètres, une de 60.

La 60 elle reste un peu plus souvent à la maison, je l’emmène rarement sur le terrain. Des boites à lumière qui permettent de gérer un peu l’éclairage. Je peux m’aider également de diffuseurs, de petits réflecteurs portables. C’est un peu du bricolage parfois.

Régis : Le diffuseur, c’est l’accessoire qui va permettre de ne pas faire une lumière trop dure, trop franche, trop directe ?

Marc : Oui, c’est ça. Ça permet d’avoir une lumière la plus étalée possible avec des transitions douces, qu’il n’y ait pas de gros contrastes, de gros reflets sur les insectes.

Régis : C’est peut-être difficile d’expliquer comme ça à la radio, mais je mettrai peut-être un schéma sur le site pour visualiser les choses pour que ceux qui nous écoutent puissent voir un petit peu mieux à quoi ça peut ressembler, mais l’idée d’avoir 2 ou 3 flashes, c’est quoi ?

Parce que n’éclairer que frontalement, tu perds en contraste et tu aplatis un petit peu le relief. Quel est l’intérêt de mettre un deuxième flash par l’arrière ou le côté ? Comment tu arrives à gérer tout ça ? C’est beaucoup d’essais-erreurs pour arriver à un résultat qui te convient ?

Marc : Au départ, on fait pas mal d’essais. Après, une fois qu’on a trouvé ses réglages, on a son setup et en général on ne change pas grand-chose à part les réglages de puissance de flash. C’est des flashes qu’on utilise en manuel. Le système que j’utilise c’est un système de déclenchement à distance de flash, ce sont des petites choses qui ne coutent pas très cher. En contrepartie on doit travailler en manuel.

Ce n’est pas du réglage TTL comme on peut le faire habituellement. C’est du réglage en manuel. En général je rallume mes flashes entre 1/8 et un ¼ voire parfois ½ de leur puissance. La difficulté c’est d’abord de bien régler l’éclairage. Le principe c’est un rétro éclairage, c’est ça le plus important. On a un rétro éclairage via le plexi qui va venir derrière le sujet et qui va permettre de souligner le caractère translucide de certaines parties du sujet. Ça, c’est vraiment important. Il faut trouver l’équilibre.

Il faut entre guillemets cramer le fond, tout le blanc doit être un blanc pur mais on doit essayer de ne pas brûler non plus les détails. Notamment pour les libellules c’est assez difficile de restituer la transparence des ailes sans les cramer. Une fois qu’on a trouvé ce bon réglage, on passe à l’éclairage frontal, l’éclairage principal.

C’est les grands principes de l’éclairage studio. On a un flash qui est un peu en hauteur, un peu latéral. En fonction du sujet on va mettre soit un réflecteur en face, soit un deuxième flash pour éclairer un petit peu les ombres.

Régis : Est-ce que tu conseillerais à ceux qui voudraient commencer ce type d’activité de commencer, pas sur des insectes mais sur n’importe quel type d’objet qui ferai office de leurre, pour prendre le temps, pour ne pas être stressé sur une fuite possible de l’animal ?

Marc : Oui, tout à fait. Le mieux c’est de s’exercer sur des fleurs, sur des champignons, sur des objets. Les techniques de flash que j’ai d’abord apprises en m’intéressant aux techniques de flash strobist, je ne sais pas si tu connais ?

Régis : Oui.

Marc : Le principe c’est d’utiliser les petits flashes Cobra comme des flashes de studio. Il y a pas mal de blogs de tutoriels là-dessus sur le Net. C’est un peu le matériel que j’avais auparavant, avant d’appliquer cette technique à la photographie nature.

Régis : Le principal cout, c’est l’achat des flashes ? Parce que le reste, tu l’as dit, ce n’était pas forcément des accessoires très onéreux, mais l’achat de 2 ou 3 flashes Cobra, c’est déjà un petit budget quand même ?

Marc : Oui. Mais on n’est pas non plus obligé de taper dans les flashes des marques. C’est des flashes qu’on utilise en manuel, il existe des vieux flashes qu’on peut trouver sur Internet pour pas grand-chose et qui vont très bien convenir pour ce type d’exercice.

Régis : D’accord. Une question à laquelle je ne sais pas si tu pourras répondre parce que c’est difficile d’être dans la tête des insectes. Maintenant tu es aguerri donc j’imagine que tu évites de faire beaucoup d’essais et que tu arrives vite au résultat que tu veux, mais est-ce que tu penses qu’il y a un dérangement possible sur l’insecte, sur la petite bête, des coups de flash répétés par exemple ?

Marc : Ça doit probablement le stresser, ce serait difficile de le nier. Mais c’est difficile de savoir. Je ne sais pas si vraiment il y a des études qui ont démontré qu’il y avait un impact très négatif. Si on extrapole un peu par rapport à nous quand on se retrouve dans un studio, les flashes c’est vrai que ça a toujours un caractère un peu stressant.

Là sur l’insecte est-ce que ça peut l’éblouir, est-ce que ça peut ensuite réduire sa sensibilité à la lumière, ça je serais incapable de le dire. Par précaution, on essaie quand même de limiter les séances. On ne va pas flasher pendant une heure. Mais on n’est jamais sûr de ne pas nuire.

Régis : Est-ce que tu te permets de déplacer un insecte pour changer une composition par exemple, pour le mettre à un endroit un peu plus adapté, ou couper aux ciseaux la petite branche qui te gêne ? Comment tu considères la pratique de la macro ? Tu es un puriste au sens où c’est comme ça, on ne touche à rien ou tu peux te permettre quand même quelques petits arrangements ?

Marc : Je dirais que ça dépend de l’état d’esprit, des conditions et du type de photos qu’on fait. Là pour les photos Meet Your Neighbours, on est amené parfois à déplacer un animal. Par exemple j’ai fait des photos de grenouilles ou de crapauds dans l’eau. Là c’est clairement des animaux qui avaient été attrapés et mis dans un aquarium au bord de la mare.

De même les libellules qui sont posées directement sur le plexiglas, là effectivement il y a un déplacement de l’insecte. Après parfois ça peut m’arriver de partir dans la nature et de juste attendre que le papillon se pose au bon endroit sous la bonne lumière.

Ça dépend vraiment des conditions. Pour moi, ce n’est pas quelque chose que je me refuse à faire. Je considère qu’il y a vraiment 2 éléments importants pour moi. C’est vrai que ça fait beaucoup débat le déplacement des animaux en macro. Moi je considère qu’il y a un point très important, c’est qu’il ne faut pas qu’on nuise à la santé de l’animal

Régis : Aussi petit soit-il.

Marc : En fonction de nos connaissances, on estime qu’on lui nuit le moins possible. Le deuxième aspect c’est l’aspect honnêteté vis-à-vis de ses collègues. Quand je déplace un insecte, je le dis. Je ne vais pas faire croire que ça s’est passé comme ça.

Régis : Est-ce que tu accordes pas mal d’importance au post-traitement ? Tu y passes du temps ? Tu considères que la prise de vue ce n’est qu’une étape dans le cheminement de la photo ?

Marc : Je dirais que le post-traitement c’est quelque chose d’important. C’est quelque chose qui permet de finaliser la photographie. Mais je n’aime pas y passer du temps. Une photo qui est mauvaise, comme on dit on ne va pas transformer une 2CV en Ferrari. Mai sil y a quand même un petit travail de post-traitement où on va améliorer le contraste, les micro-détails, etc. Pour moi, c’est très important. C’est inévitable. Mais ça ne doit pas représenter l’essentiel de la photo non plus.

Régis : J’ai une photo sous les yeux de saltiques justement, les détails sont assez incroyables. Effectivement l’objectif, la qualité du matériel, le couple objectif-reflex est très important mais quand même, tu l’as dit, en postproduction tu améliores ces micro-détails qui font que la photo arrive à un degré de précision et de finesse qui est assez incroyable.

Marc : Pour les photos d’araignées auxquelles tu fais référence, le post-traitement était vraiment minimaliste.

Régis : Malgré tout, c’était minimaliste. D’accord.

Marc : C’était juste un petit peu sur Lightroom, un petit peu d’accentuation, un petit peu de clarté, c’était vraiment tout. Je n’ai pas passé par des filtres pour améliorer la netteté. Non, c’était vraiment très sommaire.

Régis : Quelle marque tu utilises ? Quel objectif tu utilises? Quel est ton favori ?

Marc : Je suis en Canon depuis le début parce que mon premier appareil numérique c’était un Canon et que quand on commence à avoir un peu de matériel, c’est difficile de faire marche arrière. L’un des objectifs que j’utilise le plus c’est le 100 macro.

Régis : C’est un bon compromis si on voulait se lancer dans la macro sans trop savoir si ça va nous plaire ou quoi ? Est-ce que le 100 mm c’est le bon compromis pour commencer ?

Marc : Je pense que c’est pas mal le 100 macro. C’est vrai que parfois je suis tenté par le 150 pour avoir des fonds un petit peu plus flous. Ça m’arrive de partir de temps en temps avec le 300 f/4 et le 100 macro et passer du temps à jongler de l’un à l’autre. Des fois je me dis qu’un 150 macro ça permettrait de couper la poire en deux. On n’est jamais vraiment satisfait.

Régis : Une dernière chose par rapport à ton actualité, pour les quelques mois qui viennent : qu’est-ce qui se trame pour toi ? Est-ce que tu as quelque chose  d’un petit peu chaud qui se prépare ?

Marc : Pour cette année 2016, pour le premier semestre je suis vraiment comblé parce que j’ai déjà 5 expositions de prévues avec notamment Festimages en février, le festival Cœur de France au mois de juin. Dans ces 2 festivals je présenterai ma nouvelle exposition Meet Your Neighbours.

Egalement l’Attitude Animale en mars qui m’a invité à présenter une expo que j’avais présentée à Montier sur mes araignées saltiques. Ceux qui ne les ont pas vues auront encore l’occasion de les voir. En plus j’ai 2 autres petites actualités près de chez moi. Vraiment je suis comblé pour 2016 déjà.

Régis : Est-ce que si on veut acheter tes photos, sur ton site il y a quelque chose pour pouvoir se procurer les tirages que tu fais, pour les visualiser ?

Marc : La plupart des photos sont visibles sur mon site. Il n’y a pas de système d’achat en ligne mais si jamais il y avait des gens qui étaient intéressés, il n’y a pas de souci pour me contacter et me dire quelles photos les intéressent. Il n’y a pas de problème quel que soit le format ou la finition.

Régis : Là, je suis sur ton site, je l’ai sous les yeux actuellement, je suis dans le portfolio, dans la galerie photo, c’est absolument magnifique. J’invite ceux qui nous écoutent à prendre le temps, ne serait-ce que 5 minutes, pour voir les belles photos, pour s’en inspirer, pour voir des belles choses et passer un moment sympathique. C’est vraiment très beau. Merci beaucoup Marc pour ce chouette moment passé en ta compagnie.

Marc : C’est moi qui te remercie, Régis. Merci beaucoup pour cet entretien.