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Quand on regarde de plus près le travail d’un photographe animalier, on se rend compte qu’il passe très peu de temps à réellement prendre des images.

Tout d’abord le repérage peut prendre des jours, des semaines, voir des mois. Ensuite, vient le temps de l’affût, où pendant des heures, le photographe attend et espère le passage de l’espèce convoitée. Et quand la chance sourit enfin, le passage de l’animal est souvent bref.

Ainsi, les occasions de prendre des images, manipuler le boîtier, et surtout faire différents essais de réglages sont rares. C’est pourquoi je conseille toujours aux débutants de s’exercer sur les fleurs. Le sujet est cette fois immobile, et vous permettra de faire de nombreux essais. Mais faire de belles images n’est pour autant pas si simple, on comprend alors la difficulté de réaliser de belles images en animalier.

Il est donc très utile de s’entraîner encore et toujours pour acquérir des automatismes qui seront très utiles en photo animalière.

La délicate oxalie tapisse le sol des forêts humides du Jura

I/ Apprendre à régler son boitier

I.1/ Gérer la profondeur de champ

Pour réaliser une image esthétique, on utilise le plus souvent la pleine ouverture, afin d’obtenir une profondeur de champ très faible, ce qui mettra en évidence le sujet. Mais il y a bien sur de nombreuses exceptions, notamment quand on souhaite donner un peu plus de structure au bokeh [Note de Régis : le bokeh désigne le flou d’arrière-plan].

Voici par exemple 2 photos réalisées avec le même cadrage et bien sur le même matériel (objectif sigma 150mm f/2.8) :

  • la première photo est réalisée à pleine ouverture, le fond est alors très flou, peu être même trop flou,
  • la seconde photo est réalisée à f/11, pour justement voir apparaître la silhouette des autres fleurs.

anémone sylvie en fleur (mois d'avril, massif du jura, 700m d'altitude)

Tapis d'anémone sylvie en fleur (mois d'avril, massif du jura, 700m d'altitude)

Il ne faut pas hésiter a tester différentes Profondeur de Champ afin de trouver celle qui mettra le mieux en valeur le sujet et le fond. Si votre boîtier dispose d’un bouton testeur de profondeur de champ, profitez-en, sinon, prenez des images avec les différents réglages pour choisir à l’écran.

Attention, sans bouton testeur de profondeur de champ, ce que l’on voit dans le viseur du boîtier reflex correspond toujours à l’ouverture maximale possible de votre matériel, quelque que soit votre réglage. [Note de Régis : et vous constaterez aussi qu’en testant la profondeur de champ à petite ouverture, l’image dans le viseur s’assombrit]

En animalier, il peut être utile d‘augmenter la profondeur de champ pour avoir l’ensemble de la tête du sujet nette, comme par exemple un renard ou une hermine qui seront très proche de vous. Pour photographier l’hermine, je suis le plus souvent à f/8 (donc loin de la pleine ouverture de mon matériel qui est f/4).

Ou encore, tout comme pour l’exemple des fleurs, il peut être utile de fermer le diaphragme, pour voir apparaître le décor derrière l’animal, comme par exemple sur la photo de bouquetin ci-dessous où je souhaitais mettre en valeur le décor de montagne en arrière plan (ouverture à f/8).

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I.2/ Gérer la mesure de lumière

En mode semi-automatique priorité à l’ouverture, le choix du mode de calcul de l’exposition sera très important. Si la lumière est homogène sur l’image, choisir un mode matriciel.

Par contre, si la lumière est très contrastée, il faut utiliser le mode spot (comme sur l’image ci-dessous), qui fera une mesure locale de la lumière et adaptera l’exposition en fonction de ce point précis sur l’image. Attention à bien réaliser la mesure de lumière sur le point le plus lumineux de l’image.

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Fabien Gréban - photographe animalier

Sans l’entraînement des photos de fleur, je n’aurais sans doute pas eu le temps de réaliser ce type d’image en animalier, là où l’animal ne se place dans la bonne lumière que quelques secondes.

II/ Apprendre à se placer et à composer son image

Une fois le repérage effectué en photographie animalière, l’erreur serait de placer son affût directement là où l’on a vu l’animal, sans réfléchir au résultat de l’image. L’art du placement conditionne le résultat de l’image : se placer par rapport à la lumière, se placer par rapport au terrain.

Quand je photographie les fleurs, je peux passer beaucoup de temps avant d’obtenir le résultat que j’espère, il est fréquent que je reste plus d’une heure à photographier la même fleur, à la recherche de la belle image, sans concession aux petites imperfections. C’est en étant très exigeant avec ses images que l’on fera le plus de progrès. [Note de Régis : je confirme ! J’ai déjà passé plus d’une  heure avec Fabien à trouver le bon cadrage pour un filé de cascade ! 🙂 ]

II.1/ Se placer par rapport au terrain

Pour mettre en valeur le sujet, il faut qu’il se détache bien sur l’image. L’arrière plan doit servir le sujet, soit en étant très flou, ou très coloré, …

Pour chercher un beau fond qui servira de décor pour mon image, je mets l’œil dans le viseur en bloquant la mise au point à la distance à laquelle j’espère voir le sujet, et je cherche le fond le plus esthétique, là ou je placerai mon affût ou là où je ferai ma photo de fleur.

C’est une démarche inverse de ce que l’on peut faire d’habitude, chercher un fond avant de chercher un sujet.

Ensuite, il faut choisir à quelle hauteur placer son boîtier, en position debout, assis ou couché. La position couchée permet d’éloigner du sujet l’arrière plan et le premier plan, ce qui donnera un décor flou tout autour de l’animal ou de la fleur.

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Par exemple sur la photo d’hermine ci-dessus, un fond sombre mettra parfaitement en valeur la neige ou la pluie. Le fond sombre est obtenu grâce à une haie, 50m derrière l’hermine. Une prise de vue rasante mettra en évidence le sujet de l’image, l’hermine, grâce à un premier plan flou. [Note de Régis  : vous comprenez à présent que ce type d’image véritablement magnifique n’est jamais le fruit du hasard, mais le résultat de longues heures de réflexion et de tests]

II.2/ Se placer par rapport à la lumière

En prairie, l’angle de prise de vue par rapport au soleil donnera des images très différentes. Pour appréhender cela, tournez sur vous même en regardant au sol, vous verrez une lumière douce ou dure selon votre position. Ainsi, vos affûts pour l’animalier ou l’endroit où vous vous placerez pour photographier une fleur doit impérativement prendre en compte ce critère.

En photo, nous ne faisons que capter la lumière, autant faire en sorte de photographier une belle lumière …

En sous-bois, la lumière est souvent plus contrastée, on peut alors jouer avec elle, notamment grâce à la mesure spot :

  • si votre sujet est en pleine lumière, cherchez un fond sombre pour réaliser un clair-obscur, ou un bokeh coloré pour obtenir une image esthétique,
  • par contre, si votre sujet est à l’ombre, pourquoi ne pas tenter un contre-jour. Dans ce cas, la mesure spot est alors à prendre sur la source lumineuse en arrière plan, et non pas sur le sujet.

Pour réaliser un contre-jour, la source lumineuse peut être le ciel, une zone éclairée au sol, un reflet sur un plan d’eau, le soleil a travers des branches, … laissez votre créativité s’exprimer, vous obtiendrez autant d’images très différentes.

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Encore une fois, c’est en réalisant de nombreuses images de fleurs en contre-jour que j’ai acquis les automatismes pour appliquer cette technique en animalier (mise au point sur le sujet, mesure spot sur la source de lumière). Me permettant de réaliser une partie de mes images préférées.

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Le liséré de lumière qui entoure la silhouette du cabri est obtenu an plaçant le soleil juste derrière l’animal.

II.3/ Raconter une histoire

Les plans larges sont plus difficiles à cadrer, il faut gérer tous les éléments du paysage. Mais je trouve qu’ils sont les plus intéressants, car ils racontent une histoire : environnement dans le quel vit l’animal, conditions climatiques, …

Ils permettent aussi de raconter une histoire, comme sur la photo d’anémones pulsatiles, où l’on peut observer la plante à des stades différents de sa vie, en fleur et en graine. Il faudra dans ce cas bien choisir la profondeur de champ …

Anemone pulsatille en fleur et en graine.

On peut bien sur appliquer ce type de cadrage à l’animalier, en intégrant à l’image de l’animal, une partie de son histoire, comme son lieu de vie par exemple.

Mâle pic épeiche qui apporte des insectes à la loge pour le nourrissage des jeunes

III/ Conclusion

Au cours des stages photo que j’organise, quand le thème du stage est une initiation à la photo animalière, je propose le plus souvent de travailler pendant une heure ou deux sur les fleurs. Les stagiaires sont souvent surpris à l’annonce de ce programme, mais rapidement, ils comprennent l’intérêt de cet exercice pour apprendre à manipuler le boîtier et s’initier à l’art du placement par rapport au sujet.

J’espère ainsi vous avoir convaincu de l’intérêt de vous exercer sur la photo de fleur pour apprendre à réaliser de belles images animalières.

Pour ceux qui souhaiteraient être accompagnés sur le terrain pour progresser dans ces domaines, vous trouverez plus d’informations sur les stages que je propose sur mon site web : www.faune-jura.com [Note de Régis : les stages de Fabien sont absolument à connaitre. Tout ceux qui en font fait en sont repartis en-chan-tés]