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Dans cette interview du photographe de nature Alexandre Boudet, vous apprendrez :

  • pourquoi la photo publicitaire et industrielle rapporte plus que la photo nature et animalière
  • pourquoi il ne faut pas espérer vivre de la seule vente de ses photos animalières
  • pourquoi tout photographe devrait faire d’autres types de photos (portrait, studio, culinaire, paysages, urbain, …)
  • quelle technique Alexandre Boudet utilise pour réaliser ses photos de mouvements descriptifs
  • pourquoi tout photographe animalier devrait connaitre l’histoire de la photo animalière

Vous pouvez retrouver tout le travail de Alexandre Boudet sur son site internet en cliquant ici. 

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Retrouvez ci-dessous la transcription texte de l’interview :

Régis Moscardini : Bonjour Alexandre Boudet.

Alexandre Boudet : Bonjour Régis.

Régis Moscardini : Bienvenue à toi dans la série d’interviews d’Auxois Nature et je te remercie vraiment d’avoir accepté cette interview.

Alexandre Boudet : Mais c’est tout à fait normal. Il y en a qui font du travail en promotion de la nature, donc c’est bien normal de leur donner à notre niveau un petit coup de pouce.

Régis Moscardini : C’est sympa. On commence tout de suite. J’avoue, il y a peu je ne te connaissais pas, j’ai découvert ton travail assez récemment. J’imagine qu’il y a peut-être pas mal de lecteurs qui sont un peu dans mon cas, qui ne te connaissaient pas avant. Est-ce que tu peux te présenter s’il te plait en quelques mots ?

Alexandre Boudet : Mon parcours photographique est assez ancien puisque j’ai commencé la photo, j’avais entre 15-16 ans, j’en ai 39 aujourd’hui, bientôt 40. Je me suis intéressé à la photo nature il y a très longtemps puisque moi je rêvais quand j’étais gamin de partir en Amazonie, d’être biologiste, de travailler au CNRS, etc. La vie en a voulu autrement. J’ai mis très longtemps à refaire vraiment de la photo nature, tout simplement parce que le matériel coûte assez cher et que l’on se lasse très vite d’un 70-300 cul de bouteille. Mais on va dire qu’au début des années 2000 je me suis acheté du matériel et là j’ai commencé à vraiment pouvoir aller dans la nature et sortir des images qui me plaisaient. Donc je suis passé du contemplatif à la photo depuis un peu plus d’une dizaine d’années.

Régis Moscardini : C’est intéressant ton parcours parce que je pense qu’il doit correspondre à beaucoup de photographes amateurs ou qui font ça par passion le week-end. On a tous un petit peu un rêve enfoui, comme tu dis, travailler dans la nature, faire des grands voyages. On a les mêmes contraintes, le coût du matériel. Toi, tu es passé un peu au-delà de ça, tu as vraiment franchi le pas. Tu l’as dit, ça fait un sacré bout de temps que tu photographies, mais seulement 4 ou 5 ans que tu es professionnel. Qu’est-ce qui t’a incité à franchir le pas et à devenir justement professionnel en photographie ?

Alexandre Boudet : C’est un peu un concours de circonstances. Avant ça, j’étais responsable marchés publics dans une entreprise qui est d’ailleurs dans l’Auxois.

Régis Moscardini : Ah oui ?

Alexandre Boudet : Je travaillais pour Procoves Industrie qui est à Semur-en-Auxois, j’étais responsable marchés publics pour les marchés de la Défense et du ministère de l’Intérieur. Malheureusement cette société, avec la crise de l’automobile, puisqu’elle faisait pas mal de chiffre d’affaires dans l’automobile, s’est vu à dégraisser du personnel. Donc je suis passé à la trappe. Moi, à ce moment-là j’avais pas mal de commandes au niveau photo. Je me suis lancé là-dedans en me disant que j’avais peut-être mon épingle à tirer du jeu, et mêler à la fois une grande passion et un travail.

Régis Moscardini : Ça me rappelle le parcours de Fabien Gréban qui, lui aussi, tu connais peut-être Fabien Gréban, le photographe ?

Alexandre Boudet : Oui.

Régis Moscardini : Il a fait ça, c’est-à-dire qu’il était dans l’industrie, il y a eu un licenciement, comme toi, pour raison économique. Ça l’a incité à franchir le pas et à devenir photographe animalier professionnel. J’ai lu dans ta biographie que tu étais aussi photographe pour l’industrie et pour la publicité. Tu pratiques ça toujours aussi ?

Alexandre Boudet : Oui. C’est la majeure partie de mes revenus.

Régis Moscardini : Ah oui ?

Alexandre Boudet : Je pense qu’il ne faut pas se leurrer, à l’heure actuelle les gens qui vivent uniquement de la photo nature, il y en a une minuscule poignée, pour ne pas dire moins de cinq en France.

Régis Moscardini : Qui ne vivent que de la vente de leurs photographies ?

Alexandre Boudet : Oui. Je pense même qu’il y en a qu’un ou deux. Il y en a d’autres qui vivent grâce aux stages, aux choses comme ça. Ce qui est un des moyens maintenant pour les photographes de vivre de leur art. Mais la vente de tirages c’est quand même, Vincent Munier, des gens comme ça, qui réussissent à en vivre uniquement avec les tirages. J’en connais peu d’autres.

Régis Moscardini : Question à laquelle tu ne pourras peut-être pas répondre mais comment se fait-il que tu peux gagner ta vie, ta croûte avec la photographie de publicité et dans l’industrie, et pourquoi tu ne peux pas le faire avec l’animalier ou la nature ? Quelle est la grosse différence ?

Alexandre Boudet : La grosse différence, c’est qu’en photo industrielle ou publicité, d’illustration, on est sur de la photo qui rapporte de l’argent aux gens. Moi, j’ai un client la semaine dernière qui m’a dit qu’il avait gagné entre 500 et un million d’euros grâce à une série de photos que je lui ai faites, parce que lui, ça lui a permis d’aller démarcher des gros marchés aux Etats-Unis, et donc ça lui rapporte de l’argent. La photo nature, c’est un achat plaisir. C’est un objet plaisir, une photo.

Je dis bien un objet puisque pour moi une photo, c’est avant tout du papier. Donc c’est un investissement. Malheureusement les gens investissent de moins en moins dans quelque chose entre guillemets d’artistique. Tout est moins cher. Maintenant quand on vend une photo 300 ou 400 euros, les gens maintenant trouvent ça peut-être un peu cher. Après je ne sais pas. Il y a aussi quelque chose d’étrange au niveau de la dématérialisation des images.

C’est-à-dire que l’image numérique est devenue quelque chose d’un peu flou intellectuellement, et que dans la grande consommation qu’en font les gens, ils oublient peut-être aussi que derrière une image il y a une histoire, il y a un photographe, il y a un choix de papier, il y a un choix de tirage. Je pense que c’est la société qui s’oriente vers quelque chose de moins affectif au niveau des images.

Régis Moscardini : Oui, je comprends ce que tu veux dire. On avait eu le même discours, la même discussion sur une autre interview avec Alain Pons. Il a lancé un nouveau site, de la photographie d’art, il vend ses photos relativement chères, c’est au moins 400 ou 500 euros voire plus pour certains tirages. Dans l’absolu, c’est une somme qui parait plutôt logique par rapport, comme tu l’as dit, au travail qu’il y a derrière, un travail de photographe. Mais dans la tête des gens, une telle somme ça fait beaucoup pour de la photographie nature ou animalière. Parce qu’on est peut-être trop habitué au côté dématérialisé, au côté numérique.

Alexandre Boudet : C’est un peu le but de ma dernière série. En fait ma dernière expo, celle que j’ai actuellement, c’est aussi pour retransmettre mon amour de ce qu’est la photographie. Ma dernière série, c’est une série que j’ai fait en tirage au palladium, donc c’est fait avec un métal précieux, c’est des tirages que je fais à la main. On met de l’âme en plus dans le papier, c’est-à-dire qu’il n’y a pas que le fait d’aller prendre la photo, etc., il y a toute une démarche. J’essaie de retrouver une authenticité dans mes expos. Je pense que maintenant je vais à tout prix essayer de rechercher ça. C’est-à-dire mettre une identité, mettre de l’âme en plus dans la photo.

Régis Moscardini : Pour toi, c’est un long processus qui part du travail classique de photographe nature animalier, c’est-à-dire le repérage sur le terrain, les connaissances naturalistes, mais ça va aussi jusqu’au tout bout du bout, c’est-à-dire aller jusqu’au choix du papier qui va prendre du temps parce que le choix du papier va influencer le rendu final, ça c’est une grande et longue démarche, pour vraiment aboutir à un objet, une œuvre d’art qui te plait ?

Alexandre Boudet : Oui. En fait je pense que la photographie nature, elle souffre aussi de quelque chose d’un peu commun. En photo nature, on n’essaie de capter uniquement la beauté de la nature très souvent. Malheureusement je trouve que pour un photographe, c’est souvent quelque chose qui ne suffit pas. Dans ce cas-là, on se contente de la contemplation, ce que j’ai fait pendant très longtemps. Dans une photo, moi j’essaie de ne pas mettre uniquement la réalité, j’essaie de donner un peu l’image que mon cerveau interprète de ce que je vois. C’est-à-dire du rêve qu’il y a derrière l’œil.

Régis Moscardini : Je reviens un peu sur ton travail que tu fais en publicité et dans le domaine de l’industrie. Ce sont deux domaines a priori vraiment opposés à la photographie animalière. Est-ce que c’est un problème pour toi ou au contraire c’est vraiment un atout au sens où tu vas prendre des choses d’un domaine pour l’amener vers l’autre domaine ? Est-ce que l’animalier et l’industrie se confondent ? Tu arrives à faire des ponts entre les deux ? Comment ça se passe ?

Alexandre Boudet : Quand je dis l’industrie, c’est de la photo pas forcément industrielle mais c’est de la photo pour les industriels. Donc je suis amené à faire un très grand nombre de photos dans des domaines extrêmement divers et variés, qui demandent une faculté d’adaptation assez forte puisqu’un industriel, lui, s’il a besoin  d’une photo demain pour x raisons, pour un packaging, pour démarcher des gros clients, lui il lui faut une photo tout de suite et de grande qualité. Donc ce travail intellectuel pour aller rechercher des informations pour tout de suite être performant, en photo nature c’est assez intéressant.

C’est aussi quelque chose que j’ai retrouvé dans l’astrophotographie. Quand on veut photographier le ciel, ce n’est pas si simple que ça, ce n’est pas très compliqué mais il faut savoir s’adapter très vite. Il y a plein de sources d’informations, on vit dans un monde où l’information est proéminente partout. Donc les infos on peut les trouver. Moi dans la photo, j’ai énormément progressé ces dernières années du fait de l’information qu’on peut trouver et justement des budgets et des clients que j’ai eus et qui m’ont demandé d’aller chercher au fond de moi des techniques que forcément je n’aurais pas trouvées tout seul si j’avais fait uniquement de la photo d’illustration nature.

Régis Moscardini : Bien sûr. Quand tu dis d’aller chercher au fond de toi, je comprends un peu la démarche mais c’est un travail de recherche. Comment tu t’y prends pour mettre en valeur ? Dans la nature ça me parait plus simple dans le sens où la lumière va vraiment t’apporter de la matière et du contenu, l’attitude de l’animal peut aussi t’apporter de la matière et du contenu, mais pour mettre en valeur un produit industriel, ça me parait plus compliqué pour trouver quelque chose qui sorte de l’ordinaire. Tu travailles sur quoi, sur la lumière, sur le flou, tu as un studio portable, comment tu t’y prends ?

Alexandre Boudet : Non. En fait la photo nature a surement une influence sur ma photo en général. C’est-à-dire que le fondement de ma vision en photo, effectivement ça reste la lumière naturelle et que j’essaie de recréer des lumières identiques. Par exemple sur une photo d’un vêtement qui serait en extérieur, j’essaie d’avoir une lumière, une belle lumière du matin ou une lumière du soir un peu orangée. Après il y a des contraintes en plus. Par exemple quand on fait du vêtement il faut respecter les colorimétries, les tissus, etc., donc il y a des problématiques supplémentaires. Mais j’essaie de garder les douceurs et les ambiances qu’on peut avoir en photo nature.

Régis Moscardini : D’accord, je comprends. Par contre le matériel n’est évidemment pas le même, ce n’est pas le même équipement ?

Alexandre Boudet : Ce n’est pas tout à fait le même équipement, on travaille avec des focales beaucoup plus courtes. Il m’est arrivé de faire des illustrations pour un catalogue, la couverture et 5 ou 6 pages faites au 200mm f/2.

Régis Moscardini : Pour finir sur ce point-là, il faudrait plutôt dire, c’est peut-être le cas pour la plupart des photographes animaliers, que tu es photographe professionnel plutôt que photographe animalier professionnel ? Il vaut mieux réduire un petit peu le champ.

Alexandre Boudet : On essaie tous de se convaincre qu’on est photographe animalier professionnel. Pour moi il n’y a pas de photographe animalier professionnel, on est photographe professionnel avec plus ou moins des spécialités. J’aimerais être photographe professionnel uniquement en animalier pour pouvoir partir les ¾ de l’année dans des endroits qui me font vivre mais c’est les contraintes budgétaires. C’est-à-dire que quand on voit des magazines qui se battent comme Chasseur d’image, moi je tire mon chapeau à toute l’équipe de Chasseur d’image et de Nat’Images, c’est des gens qui respectent les photographes, ça c’est déjà extrêmement important.

De plus en plus dans la presse, on n’est rien. Chez eux, on est quelque chose et c’est des gens qui ont du contenu. Le budget il est dur à aller chercher mais malheureusement les voies de développement du secteur sont de plus en plus réduites. Voies de développement réduites, c’est un peu bizarre ce que je dis. Mais on essaie de faire croitre un marché sur un marché global qui est en très forte réduction. Après, quand on aime la photo, on va chercher l’argent pour vivre là où on peut. Au gré des rencontres, au gré des clients. Moi je ne crois pas à une profession qui s’appellerait photographe animalier, je crois à une profession qui s’appelle photographe et après à une adaptation à des secteurs bien particuliers.

Régis Moscardini : Je te rejoins sur ce que tu dis. Et on l’a évoqué aussi ensemble il y a quelques instants, c’est-à-dire que les domaines photographiques dans lesquels va aller un photographe vont se nourrir les uns les autres. Toi c’est l’industrie et la publicité, d’autres ça va être la mode ou le portrait ou même le mariage. Ce sont des pratiques qui se nourrissent les unes des autres. Donc si on veut se lancer là-dedans il ne faut pas hésiter à se lancer dans des domaines qui ne sont a priori pas ceux de notre passion. J’en viens, Alexandre, à ton exposition, celle que tu as nommée « Land of Clémentine », tu l’as exposée à Montier-en-Der à la dernière édition, c’est une sacrée consécration déjà. Juste une première question, pourquoi ce nom de « Land of Clémentine », ça me turlupine un petit peu ?

Alexandre Boudet : C’est assez privé, c’est de l’ordre de l’intime. Tout simplement parce qu’avec ma compagne on a eu une histoire au niveau des Shetland. On s’est rencontré en 2009 avec Natacha, ça a été assez rapide entre nous. On s’est rencontré au mois de février, elle vivait à Paris, moi je vivais à Bourges, on se voyait les week-ends. Donc on ne se connaissait pas encore trop bien arrivé l’été. Je lui ai dis, moi je pars faire de la photo cet été, toi tu pars où ? Elle devait partir avec une amie, etc. Moi je lui ai dit, je pars aux Shetland. Elle me dit, c’est où ? Je lui dis, c’est dans des iles. Là elle me dit, je viendrais bien. Je lui dis, 2 secondes, 2 secondes, là-bas tu oublies les palmiers et la plage de sable blanc.

Régis Moscardini : Tu prends la doudoune et la parka !

Alexandre Boudet : C’est un peu ça, oui. Surtout l’imper et le coupe-vent. De fil en aiguille, finalement elle est venue avec moi, pas forcément convaincue. Mais 15 jours quand on revenait après, elle m’a dit, quand est-ce qu’on y retourne ? On a eu ce premier coup de foudre, cette première entre guillemets confirmation de notre couple là-bas.

Il y a 2 ans quand on y est retourné la dernière fois, j’ai finalisé les images pour faire cette série, et en fait quand on est rentré, on s’est rendu compte qu’on était 2½. Donc de ce voyage on a ramené aussi une petite Clémentine qui est née 9 mois après. Du coup j’ai donné le nom de cette série au nom de ma fille.

Régis Moscardini : C’est une sacrée belle histoire et j’étais loin de trouver. J’ai un peu cherché, « Land of Clémentine », je n’ai pas trouvé. Effectivement l’histoire est belle et ça ne m’étonne pas de ne pas avoir trouvé. Juste une petite parenthèse. Natacha Noël ta compagne, je vais l’interviewer dans quelques jours. Et donc l’interview sera aussi à retrouver sur le site auxoisnature dans quelques temps. Je reviens donc sur ta série.

Les photos sont vraiment originales. J’ai juste écrit un article sur mon blog sur l’intérêt de faire un projet photo et en voyant tes images, je me dis que le tien, ton projet photo, a un fil conducteur particulier. Ce n’est pas une espèce en particulier justement. Alors c’est quoi ce fil conducteur, quel est le fil rouge de ton exposition ?

Alexandre Boudet : Le fil rouge, il y en a deux. Le premier est bien entendu l’unité de lieu puisque c’est une série d’images qui a été faite aux Shetland, ça c’est bien sûr le principal puisque c’est aussi mon rêve personnel de l’endroit du monde où j’ai l’impression d’exister plus qu’ailleurs.

Régis Moscardini : Là-bas, ce type d’îles ?

Alexandre Boudet : Oui, tout à fait. Enfin pas ce type d’îles, ces îles-là !

Régis Moscardini : D’accord.

Alexandre Boudet : Je trouve qu’il y a une atmosphère extrêmement particulière. Même au niveau des humains, j’ai l’impression  que je les supporte mieux là-bas. Après, le deuxième fil, c’est une réflexion assez longue sur l’idée de mouvement et sur l’idée d’utilisation et expression du mouvement en photographie. Je suis aussi assez féru de l’histoire de la photographie. Le mouvement est très souvent exprimé avec un flou de mouvement qui est pour moi quelque chose d’assez peu satisfaisant quand on est aussi sur du descriptif comme sur des oiseaux.

Régis Moscardini : Tu veux dire que tu étais confronté à un dilemme, c’est-à-dire montrer le mouvement tout en gardant l’aspect descriptif, de faire en sorte que la personne qui voit la photographie puisse quand même avoir des informations sur l’animal. Et donc tu as trouvé une technique particulière pour justement montrer les informations de l’animal et en gardant le côté mouvement.

Alexandre Boudet : Voilà. En fait je n’ai pas trouvé une technique, j’ai utilisé une technique que les anciens avaient bien connu qui est la chronophotographie. C’est une technique qui en fait assez simple à mettre en œuvre sur des domaines simples. Si on veut faire ça avec un humain, il suffit de faire au grand angle sur trépied avec un flash stroboscopique, et on obtient une surimpression avec des mouvements décomposés.

Bien entendu sur des oiseaux en vol, j’ai lu sur beaucoup de forums des gens qui analysaient mes images en pensant que je faisais ça avec un flash stroboscopique mais le problème c’est qu’un macareux ça arrive comme une balle et quand on est au 500mm, pouvoir à la fois avoir des images nettes décomposées comme on veut et en surimpression sur un cadre, c’est quasiment impossible. Donc après, je suis allé chercher comment faire pour avoir des images correctes qui parlent comme j’ai envie. Ce n’est pas très compliqué mais voilà, on n’ose peu de choses en photo nature, certains ont eu un œil un peu dur sur mon travail en disant oui, c’est du montage. Oui, certes il y a une phase de recomposition d’image, je préfère appeler ça comme ça.

Régis Moscardini : C’est-à-dire que tu prends la photographie en rafale, après tu choisis dans la rafale les attitudes qui te vont bien, qui te plaisent et tu mets sur la même image 3, 4 ou 5 attitudes du même animal ? C’est ça ?

Alexandre Boudet : En gros, je prends une rafale et je garde une rafale où quasiment toutes les images sont bonnes, c’est pour ça qu’il y a eu un nombre de rafales assez important pour arriver au résultat.

Régis Moscardini : J’imagine.

Alexandre Boudet : Après, avec un fond un peu choisi, on arrive à ne pas avoir à faire trop de détourages ou de choses comme ça

Régis Moscardini : Tu veux dire qu’à la prise de vue, tu fais attention, tu as déjà en tête cette phase de montage, donc tu vaste faciliter la tâche en choisissant un fond assez uni pour pouvoir faire le montage à peu près tranquillement ?

Alexandre Boudet : C’est ça. Je ne veux pas un détourage très fastidieux. En plus le problème, c’est que dès qu’on a un bout de flou, de profondeur de champ ou de mouvement, le détourage se voit tout de suite, ce n’est pas très beau, on est obligé vraiment après de détourer l’image très fort. Ça, ça ne m’intéresse pas des masses. Si on fait un peu attention à la prise de vue, on a un travail qui est relativement simple.

Après il y a quand même un peu de détourage à faire, si on veut être dans la réalité, il faut aussi remettre l’animal à l’emplacement où il doit être au niveau de sa vitesse de déplacement. Donc des fois on a des petits recouvrements, un bout de bec qui vient sur la queue de l’image précédente, donc là il faut détourer le petit bout de bec pour avoir une image qui sonne réaliste.

Régis Moscardini : D’accord. J’imagine que tu as dû un petit peu choquer certains puristes de la photographie animalière qui sont vraiment dans le sacrosaint, je ne touche pas l’image, je vous la présente telle que je l’ai prise et telle que je l’ai vue. Ta réponse devait être toute faite, c’est-à-dire que les anciens faisaient ça déjà ?

Alexandre Boudet : Voilà. De toute façon, au niveau de l’histoire de la photographie, moi j’aimerais rappeler à entre guillemets ceux qui se disent puristes et qui ne connaissent pas peut-être l’histoire de la photographie avant les années 2000, c’est-à-dire que tout ce que l’on fait sous Photoshop, les gens le faisaient plus ou moins à la main dans des chambres noires avec leurs mains, on appelait ça des tireurs, c’étaient des gens qui étaient vraiment des artistes et qui manipulaient l’image pour arriver à des résultats qu’on peut très bien avoir sous Photoshop aujourd’hui.

Donc la retouche photo, tant qu’on ne ment pas, moi elle ne me dérange pas. Si c’est pour expression soit de la réalité, ce que j’ai fait c’est pour exprimer une certaine réalité, avec les moyens technologiques qui me sont proposés. Après si on est dans l’image créative, ça ne me dérange pas non plus, il faut juste que ça soit dit, pas qu’on rajoute des éléments dans un paysage, etc. sans le dire pour recréer quelque chose qui n’existe pas et qui n’est pas non plus de l’ordre du rêve, qui est de l’ordre du mensonge.

Régis Moscardini : Oui, je comprends, c’est vrai. J’en viens au format que tu as choisi, c’est un format panoramique. On a plus l’habitude de voir ce type de format pour des photos de paysages, c’est vraiment commun pour ça, beaucoup moins pour les photos d’animaux. Qu’est-ce qui t’a emmené à choisir ce type de format-là ? Parce que tu voulais vraiment avoir cette succession de mouvements, c’était ça, c’était la contrainte du mouvement qui t’a imposé ce format-là, panoramique ?

Alexandre Boudet : Ça, c’est arrivé au milieu de la réflexion. En fait la toute première image de cette série, c’était le plongeon de fous de Bassan que j’avais envoyé à l’Oasis Photo Contest. Il a été publié dans une version couleur et dans une version carrée. Après quand j’ai fait les autres images de la série, j’ai un peu hésité entre les formats. Dans une expo, il faut trouver une cohérence, donc il fallait que j’aie une cohérence dans mon format, donc je me suis orienté vers un format panoramique pour orienter vraiment le sens de mouvement. Certains ont remarqué à Montier que j’avais inversé les images au niveau du sens de lecture, c’était aussi pour avoir une unité au niveau de toutes les images de la série.

Régis Moscardini : Alors j’ai un peu la même question pour le noir et blanc. On voit souvent ce choix du noir et blanc pour les photos urbaines ou des portraits par exemple, mais moins pour l’animalier. Pourquoi ce choix, d’autant que tu as des animaux comme le macareux qui sont plutôt hauts en couleur ? Est-ce que ce n’est pas dommage de se cantonner au noir et blanc ?

Alexandre Boudet : Je ne me pose pas la question de savoir si ça doit être en noir et blanc ou pas. Il y a des moments où le noir et blanc s’impose à moi, j’ai une espèce de sensation de voir en noir et blanc, de faire plus ou moins abstraction des couleurs, et forcément à ce moment-là je retranscris sur mes tirages, sur le traitement de mes photos ce que j’ai l’impression d’avoir vu. Donc à ce moment-là je les mets en noir et blanc.

Régis Moscardini : D’accord. Est-ce que tu as été inspiré par ce que fait par exemple Laurent Baheux ?

Alexandre Boudet : Non.

Régis Moscardini : Non, ça n’a rien à voir ?

Alexandre Boudet : Je n’ai pas été inspiré par Laurent Baheux mais j’adore son travail, c’est une vision que j’ai aussi de la faune africaine. D’ailleurs mon expo « Quelques gouttes d’eau pour la vie » qui était l’expo précédente, était aussi une expo qui était essentiellement en noir et blanc, sur l’Afrique. Non, moi j’ai plus été inspiré, on va dire, par des photographes qui ne sont pas des photographes nature.

On est tous forcément inspiré, quand on s’intéresse à un moment ou à un autre à la photographie, par Cartier-Bresson, par Doisneau, par tous ces gens-là qui nous ont formatés aussi un peu à un moment, que l’information n’est pas forcément dans la couleur et que des fois la couleur même vient polluer une émotion, vient polluer un contraste, parfois que la couleur est quelque chose d’inutile, qui vient presque gâcher une photo.

Régis Moscardini : Je ne sais pas si tu connais, on m’a offert ça pour noël, un très beau livre de Michael Kenna. Est-ce que tu connais ?

Alexandre Boudet : Non, ça ne me dit rien.

Régis Moscardini : Ecoute, tu iras voir sur Internet, c’est un photographe qui est anglais, qui fait de la photo, qui a commencé en argentique dans les années 70 je crois, qui continue toujours en numérique. J’ai son dernier livre, ce n’est que de la photo en noir et blanc, des photos de paysages en noir et blanc, des paysages urbains, des paysages naturels. Tu as bien résumé l’état d’esprit quand on voit ce type de livres-là, c’est-à-dire qu’effectivement la couleur ne manque pas parce que ce serait quasiment une information en trop.

Là on prend plaisir à feuilleter un livre comme celui-ci parce que je pense aux compositions, elles sont tirées au cordeau, tu sens vraiment qu’il y a un vrai travail de recherche graphique et artistique là-dessus. Je pense que c’est une vraie école artistique le noir et blanc. Tu iras voir un peu ce que fait Michael Kenna, je pense que ça pourra te donner quelques petites idées.

Alexandre Boudet : Ok. J’irai voir ça. C’est forcément intéressant de toute façon de découvrir un nouveau photographe, une nouvelle vision dans n’importe quel domaine que ce soit. Moi, je te le dis, je suis un amoureux de la photographie et de la nature, mais je n’oublie pas non plus que je suis un amoureux de la photographie. Pour revenir au noir et blanc, j’ai un exemple qui est assez flagrant et que tous les photographes nature comprendront.

On utilise des gros télés pour avoir ce flou d’arrière-plan, justement parce que dans une photo toute l’information n’est pas intéressante et qu’on veut se recentrer sur le sujet, donc on utilise cette profondeur de champ très réduite pour ne pas avoir trop d’informations. Moi j’utilise le noir et blanc un peu dans ce sens-là.

Régis Moscardini : D’accord.

Alexandre Boudet : Pour réduire l’information qui est donnée aux lecteurs.

Régis Moscardini : Juste une dernière chose par rapport au noir et blanc. Tu te contentes sous un logiciel d’appliquer le filtre noir et blanc ou tu as un vrai travail sur ce mode-là ?

Alexandre Boudet : Moi, j’utilise Lightroom, j’utilise le mode noir et blanc de Lightroom. Je peux peaufiner un petit peu avec les retouches couleur qui sont l’équivalent des filtres couleur en noir et blanc.

Régis Moscardini : Est-ce que tu irais jusqu’à utiliser ce que peut faire un logiciel comme Dxo Pro avec le système des filtres qui reproduisent l’aspect de feues les pellicules bien connues que les argentiques ont pu connaitre ? Est-ce que tu pourrais utiliser ça par exemple ?

Alexandre Boudet : Oui et non. J’ai essayé mais c’est un peu une usine à gaz et ça n’a jamais réellement le rendu que je souhaite. Moi j’avais utilisé par exemple sur mon expo précédente une technique qui n’est pas forcément facile à expliquer puisqu’il faut l’adapter en fonction de chacun des boitiers. A l’époque j’étais avec des boitiers Canon, et le 5D mark ii avait un grain relativement particulier à fort ISO que moi j’aimais beaucoup, parce que ça me rappelait vraiment le grain de la pellicule que j’utilisais tout le temps en noir et blanc qui était la pellicule T-Max. En poussant fort sur les ISO, on obtenait une image assez dégueulasse en couleur

Régis Moscardini : J’aime bien le terme dégueulasse, mais c’est ça.

Alexandre Boudet : C’est ça, c’est-à-dire que le grain de luminance était intéressant, par contre le grain colorimétrique n’était pas intéressant. Moi, à ce moment-là de toute façon, je prenais des photos, je savais pertinemment que je n’allais les mettre qu’en noir et blanc. Je poussais fort, je poussais à 3200 ISO.

Régis Moscardini : Quasiment exprès pour avoir ce type de grain-là ?

Alexandre Boudet : Pour avoir ce grain-là, oui. Même à des moments je me retrouvais à 1/8000 de seconde et j’étais presque surex

Régis Moscardini : Parce que tu voulais obtenir ce grain ?

Alexandre Boudet : Obtenir ce grain-là pour le noir et blanc.

Régis Moscardini : D’accord. Ça c’est intéressant. C’est aussi une vraie belle démarche. Ton actualité pour l’année 2015, même pourquoi pas après. Est-ce que ton expo « Land of Clémentine » on peut la voir quelque part ou elle est chez toi dans ton garage ?

Alexandre Boudet : Pour l’instant elle est chez moi. Il y a quelques dates de bouclées mais ce n’est pas encore finalisé.

Régis Moscardini : En gros pour te suivre là, on va sur ton site Internet, qui est très bien fait, très joli, très graphique, je le mettrais en lien sur la page du blog. Pour aller voir ce que tu fais, on va sur ton site ?

Alexandre Boudet : Voilà.

Régis Moscardini : Je reviens sur une petite question que je n’ai pas posée qui me parait assez importante, en tout cas moi je voulais avoir la réponse. C’est par rapport à Montier-en-Der, est-ce que le fait d’avoir exposé là-bas ça t’a ouvert quelques portes, des contacts ? Est-ce que ça t’a apporté des choses en plus en tant que photographe nature ?

Alexandre Boudet : Montier-en-Der, ça ne m’a pas apporté grand-chose à ce niveau-là. Montier-en-Der, ce que ça m’a apporté, c’est de montrer mon travail

Régis Moscardini : A des milliers de personnes.

Alexandre Boudet : C’est ça. Moi c’est ce qui m’intéresse aussi dans Montier, puisque Montier restera Montier et c’est pour moi le festival mythique en France, c’est-à-dire que c’est là aussi où je retrouve chaque année mes amis, ceux que je ne vois pas souvent, ceux qui habitent à l’étranger.

Donc forcément exposer à Montier, c’est aussi exposer à un endroit où on aime exposer. On retrouve beaucoup de passionnés de nature, des gens qui vont s’intéresser aux expos. Moi j’étais assez surpris de voir que les gens passent, repassent sur une expo, reviennent, reposent des questions. Ça, c’est extrêmement intéressant et c’est très valorisant pour un photographe.

Régis Moscardini : Ça tu ne peux le percevoir que si tu es toi-même exposant évidemment ?

Alexandre Boudet : Oui et non. Quand on a des amis exposants, on voit bien ce qui se passe autour. Moi c’était ma première expo à Montier. Je ne pensais pas que les gens pouvaient s’attarder autant sur une expo et puissent aller aussi loin dans les questions qu’ils peuvent poser. On a tous un ego assez important, je pense, en photo.

En tout cas, moi je sais que j’en ai un assez important. Ce n’est pas tellement que je m’aime beaucoup mais on a tous un besoin de reconnaissance dans notre travail, surtout quand il a demandé beaucoup de temps, de sacrifices. Montier c’est the place to be, c’est l’endroit où l’on aime être, et c’est l’endroit forcément où on aime montrer ses images.

Régis Moscardini : Evidemment. Je te remercie beaucoup, Alexandre, pour ce discours-là, pour ta franchise. C’était très intéressant.

Alexandre Boudet : Oui. J’espère que je me suis exprimé correctement, c’est peut-être un peu confus par moment.

Régis Moscardini : Non, c’était parfait. On sent qu’il y a beaucoup de passion derrière. C’était très intéressant à écouter, je suis sûr que les auditeurs vont apprécier ta façon de parler et ton discours.

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